vendredi 10 juillet 2020

Quand on a un GRAND président…



C'est de Richard Vassakos, celui de notre APHG-LR, dont il est question, évidemment. Qui aurait pu émettre une autre hypothèse, d'ailleurs ?
Il vient de signer une tribune dans le quotidien Le Monde : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/07/05/les-denominations-et-les-statues-n-ont-jamais-ete-aussi-politiques-qu-aujourd-hui_6045245_3232.html
Il faut reconnaître que ce n'est pas donné à toutes les associations. Bravo à lui pour son texte (partiellement accessible seulement car placé, du fait de sa qualité, en zone abonné) !

vendredi 3 juillet 2020

BONNES VACANCES !!!



L'APHG-LR souhaite d'excellentes vacances à tous les collègues, après une année dont l'étrangeté restera dans toutes les mémoires. Seront-elles "apprenantes" ? Avant que l'Education Nationale n'invente la formule, les enseignants d'HG ont toujours eu l'oeil en éveil, en pensant à leur métier et à leur plaisir, car la culture historique et géographique est un plaisir, devant tout ce qui peut y faire écho. Alors, n'oubliez pas de vous reposer et de vous changer les idées !


Bonnes vacances à toutes et à tous !

lundi 22 juin 2020

Une proposition pédagogique à signaler



Notre collègue Dalila Chalabi, membre active de la régionale, vient de publier sur le site national une proposition pédagogique sur le sort des juifs dans la France de Vichy. Bravo à elle pour la qualité de son travail, que vous pourrez retrouver en cliquant sur le lien suivant :
https://www.aphg.fr/Proposition-pedagogique-La-France-defaite-et-occupee-a-travers-les-Lettres

vendredi 12 juin 2020

On nous signale…





Nous nous permettons d'indiquer que notre collègue Franck DORY vient de publier le compte-rendu des actes d'un colloque sur Saint-André disponible via le lien suivant :
http://gedge-graphiste.com/SAINT-ANDRE/01-DORY.zip

D'autre part, nous avons reçu le texte suivant de l'organisation ARKAM, qui s'occupe d'archéologie dans le Narbonnais. La manifestation concernée est susceptible d'intéresser des collègues.

"Les prochaines Rencontres d'Archéologie de la Narbonnaise (RAN) organisé par notre association ARKAM auront lieu du 3 au 7 novembre 2020.

Un festival autour de l'archéologie qui permet aux élèves de rencontrer des réalisateurs des auteurs et des archéologues à Narbonne. 
En accès gratuit, cette 8ème édition proposent une programmation diversifiée de conférences, projections, expositions, salon du livre, ateliers et animations dans plusieurs lieux de la ville de Narbonne, mais également un cadre de récompenses nationales comme les Prix des films documentaires, le Prix du livre d’archéologie, et le Prix de la BD d’archéologie.

Le programme scolaire du festival offre un cadre privilégié pour tous les niveaux scolaires du primaire au lycée : participation au Prix du film documentaire, rencontre avec des professionnels et des auteurs, visites d'exposition, test de visite en réalité virtuelle... Ainsi ce sont plus de 1000 élèves qui participent chaque année à ce festival.

La programmation des RAN 2020 n'est pas encore terminée. Toutefois voici un aperçu des rendez-vous que nous vous proposons.

N'hésitez pas à prendre contact avec nous pour vous renseigner ou réserver certains créneaux !"

lundi 18 mai 2020

Lecture de déconfinement



A quelle échelle organiser le déconfinement ? Au niveau du département, de la région ? Le choix finalement effectué, celui du département, en dit finalement long sur ce que reste l'organisation du pays. Une fois de plus, le département s'ancre dans la tradition française, et il y a fort à parier qu'il en ressortira renforcé dans l'esprit de nos concitoyens. Les identités régionales restent-elles donc une vue de l'esprit ? C'est en tout cas l'occasion d'y réfléchir, à partir d'un ouvrage récent d'Olivier Grenouilleau, Nos petites patries. Identités régionales et Etat central, en France, des origines à nos jours.








Olivier GRENOUILLEAU, Nos petites patries. Identités régionales et Etat central, en France, des origines à nos jours, Collection Bibliothèque des Histoires, Gallimard, Paris 2019, 281 pages.


 


Il est des auteurs que l’on se plaît à retrouver, et plus encore quand ils quittent leurs chasses gardées pour aller braconner ailleurs. Olivier Grenouilleau est de ceux-là. Spécialiste reconnu de la question des traites et de l’esclavage, le voici qui nous offre un livre sur l’histoire du fait régional en France. Il s’explique de ce choix dans son introduction : l’âge avançant, l’historien, et l’homme qui est en lui, se penchent sur leurs racines, en fait sur le rapport qu’ils entretiennent à leur pays. Il a lu, il a dirigé des travaux, et il présente à la fois une synthèse et une série de pistes de réflexion sur cette histoire du fait régional en France.


S’il évoque, pour une comparaison, les structures de la Gaule romaine ou du Moyen-Age, le corps de son ouvrage se rapporte aux trois derniers siècles suivant un plan globalement chronologique. Il présente ainsi la création ou la tentative de création d’identités régionales et les met en regard de l’évolution des structures administratives du pays dans leur dimension territoriale. Que retenir de ce parcours ? D’abord, la dimension identitaire, culturelle, est largement une invention du XIXème siècle. En fait, elle se développe en parallèle du sentiment national, et pas contre lui. C’est l’âge romantique qui amène à une assimilation entre un territoire et sa population, jusqu’à figer le résultat dans les stéréotypes bien connus du Breton dur comme le granit ou du Corse orgueilleux et indolent. Cela se produit sous l’effet d’un double mouvement : celui de groupes plus ou moins soucieux de folklore ou de langues régionales comme les Félibres, et celui de l’Etat qui essaie d’inventorier son territoire et sa population par des agents qui ne cessent de mettre en exergue les particularités de l’espace dont ils ont la charge, le mouvement commençant sous le Premier Empire. Pendant longtemps, cela ne débouche pas sur des tensions politiques car l’attachement à la « petite patrie » est vu comme une propédeutique à l’amour du pays. Ce n’est qu’entre les deux conflits mondiaux que ces deux éléments se perçoivent parfois comme contradictoires, avec par exemple l’apparition d’un parti autonomiste breton. La période de l’Occupation aboutit finalement à discréditer les discours autonomistes, car ceux qui les tiennent finissent, par détestation de la France, par sympathiser avec les nazis quand ils ne prennent pas l’uniforme SS. Le régionalisme culturel renaît pourtant, dans les années 1960-1970, mais cette fois avec des valeurs qui se veulent de gauche, au temps de la décolonisation et de la remise en cause de la France et de son Etat centralisateur.


L’aspect identitaire n’a donc finalement pas été un grand souci pour l’Etat central. Par contre, que de débats a-t-il pu produire pour déterminer la nature, les limites et le degré d’autonomie de ce que l’on appelle aujourd’hui les circonscriptions territoriales ! A lire Grenouilleau, on reste interdit devant l’ancienneté de ces questions et le nombre de « réformes »  qui ont pu leur être consacrées. Fénelon propose dès la fin du XVIIème siècle un système d’assemblées locales pour que le roi soit mieux obéi et perçoive plus facilement les impôts. D’Argenson demande dès 1737 le découpage du pays en territoires égaux qu’il nomme « départements ». Necker crée des assemblées provinciales. Dans une période plus récente, on ne compte pas moins de 24 propositions de régionalisation entre 1886 et 1919. Ces débats et ces propositions semblent traverser toutes les périodes et tous les régimes. Clémentel demande le découpage du pays en une vingtaine de régions en 1917 pour faciliter l’effort de guerre. R. Alibert en prévoit 26  sous le régime de Vichy, moment où apparaît l’expression d’ « aménagement du territoire », tandis que le service chargé de l’étude statistique de la population est dirigé par Jean-François Gravier. Les « régions de programme » sont lancées en 1956, et le cadre reste géographiquement à peu près stable jusqu’à la réforme de 2013. Les pouvoirs, eux, sont considérablement élargis avec la décentralisation. Le moment révolutionnaire passe dès lors pour ce qu’il fut : le temps du seul grand changement possible et réalisé d’un coup. La pérennité de son résultat, les départements, s’explique par leur efficacité dans la gestion du pays, dont tous les régimes en place ont joué, et sans doute aussi dans la satisfaction de toutes les villes et de tous les notables qui y ont vu la confirmation ou l’extension de leur rôle. La période actuelle, quand à elle, pose la question de leur place face à un Etat qui se refuse à être autre chose que défaillant. Les fonctionnements dérogatoires à la règle commune sont de plus en plus nombreux, et on observe une volonté nouvelle d’ancrer l’action régionale dans le culturel, alors qu’elle avait toujours eu une dimension surtout technocratique.


On a donc un ouvrage qui suscite la réflexion, et si l’on peut ne pas être d’accord avec l’auteur, par exemple lorsqu’il considère avec optimisme les identités régionales comme une porte ouverte sur l’avenir (on pourrait tout aussi bien y voir un rétrécissement artificiel des horizons pour satisfaire quelques élus et quelques groupuscules en mal de notoriété), on n’en apprécie pas moins son érudition et sa réflexion régional sur l'objet historique complexe à part entière qu'est le fait régional.

Jean-Philippe Coullomb

samedi 9 mai 2020

Annulations



En cette fin de confinement, l'APHG-LR ne peut qu'annoncer officiellement le report sine die des manifestations prévues d'ici la fin de l'année scolaire, à savoir principalement une soirée Géopolitique au lycée Joffre, ainsi que la visite avec temps convivial de fin d'année scolaire.
"Le Covid m'a tuer", pourrait-on dire. Non, ces actions auront lieu lorsque la situation le permettra.
Bon courage à tous et continuez à prendre soin de vous et de vos proches.

mardi 5 mai 2020

Un travail avec les élèves : les arènes de Nîmes



Notre collègue Dalila Chalabi vient de publier un travail à effectuer avec les élèves, mis en ligne sur le site national de l'APHG.
On le trouvera via le lien ci-dessous :
https://www.aphg.fr/Travailler-sur-l-amphitheatre-de-Nimes-avec-le-site-de-l-INRAP
Bravo à elle !

lundi 27 avril 2020

Lecture de confinement - 3



"Nous sommes en guerre". Bel affrontement, avec une issue victorieuse, on espère de façon définitive, maintenant programmée pour le 11 mai, permettant aux humoristes de suggérer l'introduction d'un nouveau jour férié. Le directeur de la publication et éditorialiste de Charlie Hebdo, Riss, faisait remarquer qu'une crise sanitaire, même majeure, n'est pas une guerre. C'est l'occasion de lire et de réfléchir à ce que l'on a pu définir, derrière Clausewitz, comme la guerre absolue, à partir d'un ouvrage récent de J. Lopez et L. Otkhmezuri.





Jean LOPEZ et Lasha OTKHMEZURI, Barbarossa. 1941, la guerre absolue, Passés Composés, Paris 2019, 957 pages.


 


Voici un ouvrage aussi monumental que son sujet : l’opération Barbarossa, la plus gigantesque offensive militaire de tous les temps, et ses suites directes jusqu’à la fin de l’année 1941. Des sources imprimées à foison, vingt pages de bibliographie, des notes infrapaginales en quantité, un index copieux : avec ce livre, l’histoire militaire change de dimension sans perdre ses qualités intrinsèques que sont la connaissance d’entomologiste des équipements, des armées et de leurs manœuvres. Servi par un style simple et clair, l’ouvrage touche en effet aux dimensions idéologiques, politiques et stratégiques de cet affrontement qui pousse le régime nazi dans une impasse le conduisant à sa fin. L’aspect humain n’est pas négligé. Il apparaît dans des portraits, souvent surprenants et savoureux, des principaux chefs politiques et militaires des deux camps, et dans les témoignages toujours passionnants et parfois poignants qui servent de point d’entrée aux différentes parties de l’ouvrage. On pardonne d’autant plus facilement aux auteurs leurs quelques « What if » plus ou moins intéressants qu’ils apportent un point de vue éclairé sur bien des points ayant nourri des querelles historiques depuis la fin de la guerre.


Commençons par évoquer la genèse de la guerre contre la Russie soviétique dans l’esprit d’Hitler et des dirigeants nazis. Bien éloignée des idées bismarckiennes, elle germe dans l’Allemagne de l’après 14-18, où le souvenir de l’effondrement russe en 1917-18 semble prouver la fragilité de l’adversaire et en même temps la possibilité d’exploiter et de coloniser les terres immenses de l’Est. L’arrivée à Munich de Russes Blancs souvent violemment antisémites et d’Allemands de la Baltique comme Rosenberg conforte cette impression et est certainement à l’origine de la diffusion du mythe  judéo-bolchevique. Hitler, ensuite, ne perd plus jamais de vu l’objectif de la conquête du Lebensraum à l’Est, même s’il se montre parfaitement capable de le placer sous le boisseau pour des raisons tactiques. L’ordre définitif de préparer Barbarossa date du 18 décembre 1940. En face, Staline n’envisage le monde, qu’il connaît peu, que sous l’angle de la lutte entre l’URSS et les régimes capitalistes, et son principal souci est de maintenir la division parmi ces régimes afin d’éviter qu’ils ne s’accordent pour attaquer son pays. A partir de là, lui aussi est prêt à tous les compromis pourvu que l’affrontement ne le concerne pas. Stupéfait et énervé par la rapidité de la défaite française, il pense acheter la paix avec Hitler en lui offrant une aide économique substantielle, dans un appeasement que Chamberlain n’aurait pas renié. Son invraisemblable cécité devant la multiplication des signaux d’alerte ne s’explique que par son refus de simplement envisager une autre option.


Venons-en à l’aspect militaire de la préparation et du déroulement des opérations. Les généraux allemands font preuve jusqu’en décembre 1941 d’un optimisme sans limite nourri par une sous-estimation systématique, et faut-il dire, systémique, de l’URSS. Ils sont persuadés, et Hitler avec eux, que la victoire est possible en une seule campagne. La logistique est notoirement insuffisante, et elle est en thrombose complète à partir du mois de novembre, s’avérant incapable, par exemple, d’acheminer les effets d’hiver qui existaient pourtant. Le mépris professionnel pour l’Armée Rouge, alimenté par les Grandes Purges et par la guerre russo-finlandaise de 1939-40, n’a pas de borne. Chacun d’eux ne voit dans cette opération, et souvent de façon très individualiste, qu’une occasion de briller à peu de frais, à telle enseigne que les plans d’ensemble ne deviennent que des successions de compromis boiteux. En décembre 1941, l’échec de leurs attaques puis la contre-offensive de Joukov devant Moscou provoquent une vraie crise morale chez eux. En face, sûrs de leur propre supériorité et nourris de mythes internationalistes, les Soviétiques multiplient les contre-attaques alors même que leur manque de moyens de communication les rendent inefficaces et coûteuses. Souvent mal placées, leurs troupes sont souvent encerclées et anéanties par les Allemands. A la fin de 1941, leurs pertes sont littéralement démentielles. Pourtant, les stocks énormes accumulés avant guerre permettent de lever et d’équiper constamment de nouvelles unités, sans pratiquement faire appel aux éléments déployés en Sibérie, contrairement à une légende tenace.


Surtout, cette guerre est l’occasion pour les deux régimes de montrer leur nature profonde. Dans le cas de l’URSS stalinienne, on reste sans voix devant ces gens du NKVD qui s’acharnent à poursuivre des complots imaginaires jusque dans Leningrad assiégée, alors même que l’on s’y tue pour un bout de pain. A chaque crise militaire, souvent nourrie par la peur qu’ont les cadres de déplaire, Staline réagit par un surcroît de contrôle policier et idéologique : les peuples suspects sont déportés, des communistes fidèles sont envoyés dans les troupes, les exécutions se multiplient, la coercition se déploie à une échelle inimaginable, jusqu’à déployer des canons pour décourager les soldats soviétiques de reculer. Nullement anticipé, le démontage des usines et leur envoi vers l’Oural se font dans un désordre étonnant. Lopez le résume en une formule : « La guerre ne fut pas la rédemption du stalinisme, mais son exaltation. » En face, le nazisme montre le fond de sa nature et de son projet. L’objectif final d’anéantir l’URSS et de coloniser les immensités qui s’y trouvent ne peut passer que par l’élimination plus ou moins lente des millions de citadins des grandes villes russes. Von Leeb ne prend pas Leningrad, et Hitler ne vise pas Moscou, car il n’a que faire de leurs habitants. Les laisser mourir de faim constitue en soi un objectif politique de la guerre. Les millions de prisonniers sont entassés sans être pratiquement nourris pour la même raison. Personne dans la Wehrmacht ne s’oppose à cela. Au contraire, gavés de la culture militaire germanique extrêmement violente envers les francs-tireurs et la population qui les abrite, les grands chefs allemands approuvent et prêtent la main aux pires atrocités, à l’image de Manstein en Crimée. Persuadés que « les Russes ne sont que des nègres blancs » encadrés par des communistes juifs, ils ne voient dans tout foyer de résistance possible qu’une gêne à détruire. Les premiers ordres purement génocidaires apparaissent ainsi au début août à propos des marais du Pripet, vus comme un foyer possible de guérilla. Ordre est donc donné d’éliminer les hommes juifs et de pousser les femmes et les enfants dans les marais. Trop peu profonds, ils ne s’y noient pas, et il faut donc les abattre avec des armes. Dans la construction du génocide des juifs, Lopez en vient donc à imputer une très lourde part de responsabilité aux militaires allemands, vite relayée et amplifiée par les bourreaux de Himmler. On est loin des mémoires  de ces stars de l’histoire militaire, qui ne sont en fait que des plaidoyers pro-domo faisant mine de se réfugier dans la pure technicité guerrière pour mieux faire oublier leur participation aux horreurs du nazisme.


La guerre absolue est un déchaînement de violence apocalyptique que seule la monstruosité du nazisme pouvait engendrer dans une collision géante avec le totalitarisme soviétique. On l’a compris, c’est vraiment une très belle synthèse que ce livre, susceptible de capter l’attention de publics différents et qui tous progresseront à sa lecture.


Jean-Philippe Coullomb



mardi 14 avril 2020

Lecture de confinement - 2



On dit souvent que les Français ont le culte du Grand Homme, du Sauveur de la Patrie. On peut se demander si ce n'est pas leur propre fantasme que les tenants de cette idée, souvent des politiques eux-mêmes, projettent ainsi sur les citoyens. En fait, ce sont les circonstances, exceptionnelles et terribles, qui font le Grand Homme. C'est ce que montre Julian Jackson dans sa magnifique biographie de De Gaulle.







Julian JACKSON, De Gaulle. Une certaine idée de la France, Seuil, Paris 2019, 995 pages.


 


Les gros livres sont-ils nécessairement les meilleurs à lire ? En refermant cet ouvrage volumineux, on ne peut qu’être tenté de répondre par l’affirmative. De Gaulle disait, paraît-il, qu’il « n’avait pas la plume facile ». On peut rester surpris par une telle affirmation, tant le personnage est connu pour ses discours, souvent de vrais morceaux de bravoure capables d’enflammer les foules, et pour avoir été un auteur somme toute assez prolifique compte-tenu de ce que furent ses responsabilités. Ce qui est sûr, c’est que Julian Jackson lui rend hommage d’abord par la qualité de son écriture, servie par une très bonne traduction. Son ouvrage se lit d’un trait, et avec le sourire, car l’auteur a le sens de l’ironie et de la formule, comme son héros. A propos de l’occupation de l’Odéon par les étudiants en mai 68, il écrit ainsi qu’ « ayant transformé la politique en théâtre, le régime de De Gaulle se retrouve confronté à un mouvement qui transforme le théâtre en politique ». A cette qualité factuelle, il faut joindre une documentation abondante, avec par exemple pas moins de treize pages de notes sur la bibliographie et des références d’archives multiples dans les notes infrapaginales. Saluons également le travail de l’éditeur, qui se hisse à la hauteur du texte et de son sujet, en fournissant index, cartes et de nombreuses illustrations de qualité.


Suivant un classique plan chronologique, parfaitement adapté à un personnage qui a toujours fait profession de vouloir s’adapter aux circonstances sans perdre son idéal, on voit ainsi se construite touche par touche le portait du grand homme de l’histoire de France du XXème siècle, même si le spécialiste de tel ou tel point trouvera sans doute à redire sur la présentation ou l’interprétation de son domaine de prédilection. Du tout jeune homme qui rêve d’en découdre avec l’ennemi héréditaire jusqu’au chef d’Etat à la fois débonnaire et directif, en passant par l’officier cassant et orgueilleux, et le dirigeant autoproclamé et intraitable de la France libre, quelles constantes peut-on dégager de cette figure si marquante que son nom est probablement le plus utilisé actuellement dans l’odonymie (une commune sur dix a une voie portant son nom) ?


Issu d’un milieu catholique et conservateur, l’homme, cyclothymique sa vie durant, et le couple qu’il forme avec son épouse Yvonne, est d’une austérité légendaire, et reste marqué par le drame d’une enfant handicapée. D’une culture classique, son rapport aux livres est devenu presque difficile à imaginer aujourd’hui, avec la lecture de deux ou trois ouvrages par semaine sa vie durant. Il a appris à être l’homme des médias de son temps, et ce sont largement eux qui l’ont fait. C’est la radio qui fait de lui le personnage incontournable et peu commode avec lequel les Alliés doivent traiter pendant la Seconde Guerre mondiale, car nul autre que lui ne peut prétendre à rallier les Français contre la collaboration. Les Anglais le comprennent vite, même si son intransigeance exaspère de plus en plus Churchill. En 1958, après une première prestation ratée, il fait ce qu’il faut pour dominer l’outil télévisuel : il engage le maquilleur de Brigitte Bardot et un comédien vient lui donner des cours de théâtre. D’une mémoire exceptionnelle, il apprend ses discours et les prononce avec un naturel que son sens de la répartie renforce. Il devient une véritable bête de scène politique, acclamé partout lorsqu’il voyage à l’étranger. En France, ses tournées sont immanquablement marquées par des bains de foule où l’attitude des Français frise la dévotion mystique. Ce n’était pourtant pas gagné, tant l’homme a pu se faire des ennemis par son manque de chaleur et d’attention, quand ce n’était pas par son ironie mordante ou par son mépris affiché. Exécré d’emblée par un Weygand ou un Mitterrand, il a braqué contre lui nombre de gens qui l’avaient aidé ou servi loyalement, de Spears à Pompidou. Aimait-il les hommes ? On peut en douter quand on voit ses relations avec l’armée et les militaires. Recherchant l’efficacité technique, il n’a jamais eu que mépris pour des généraux attachés à leurs postes et à leurs médailles. Quant aux résistants, il s’est servi d’eux pour montrer qu’il représentait la France combattante, avant de les renvoyer dans leurs foyers le plus vite possible une fois l’Etat républicain restauré. De façon significative, il cite dans ses Mémoires de guerre 67 fois Leclerc, 41 fois Juin, mais dix fois chacun Frenay et d’Astier de la Vigerie.


C’est que vénérant par-dessus tout l’Etat et la nation, et estimant incarner une continuité morale du pays, il n’a pour le reste fait que composer avec des réalités dont il savait qu’elles étaient changeantes et qu’elles nécessitaient bien des adaptations. Jamais doctrinaire et redoutable tacticien politique, il a pu dire tout et son contraire aux uns et aux autres sans sourciller. Sa gestion de la question algérienne n’en est que l’exemple le plus parlant, et cela explique la diversité des opinions et des interprétations sur son action. Nourri des traces du passé, dont fait partie son anglophobie, il s’est avéré souvent être un visionnaire hors du commun, préparant pour le mieux la place de la France dans l’avenir alors qu’il était sans moyen concret pour y arriver. A ce titre, il a marqué très profondément son époque et les Français, et sa stature intimidante, sinon écrasante, reste un modèle que ses successeurs ont tous espéré égaler sans jamais y parvenir, peut-être parce qu’il leur a légué un pays davantage réconcilié avec lui-même que cela n’avait jamais été le cas.


Arrivé au bout de ce livre, on ne peut que conclure que lorsqu’un bon sujet rencontre un bon auteur, la lecture redevient ce qu’elle ne devrait jamais cesser d’être, un bonheur.


Jean-Philippe Coullomb

jeudi 9 avril 2020

Vidéos des cafés-Histoire



Les vidéos des deux cafés-Histoire sont semble-t-il très demandées. Voici donc à nouveau les liens pour que tout un chacun puisse y avoir accès. Un grand merci encore à Stéphane Dupont, qui s'en est occupé fort efficacement !


Pour celle sur BD et Histoire :
https://drive.google.com/file/d/1NozBXWbQjIhPQmKIcXHRK8hjTB1jL6uS/view
Pour celle sur les usages du manuel scolaire en HG :
https://drive.google.com/file/d/1_kKEpfMzhmgesxN891O1N12HG6ZXuVIF/view


En souhaitant un confinement le moins désagréable possible à tout un chacun !

samedi 4 avril 2020

LECTURE DE CONFINEMENT - 1



En ces temps de confinement, le Français moyen n'a pas manqué de remarquer la programmation assez particulière du service public à la télévision. La période semble propice à une énième rediffusion de toutes les grosses farces, et en particulier celles se situant sous l'Occupation, depuis La Grande vadrouille jusqu'à Papy fait de la Résistance. Le président de la République a dit, quant à lui, qu'il faut profiter de cette étrange période pour lire. C'est l'occasion de redécouvrir un de ces livres, acheté il y a quelques années et oublié depuis sur un rayon de bibliothèque, dont on se dit qu'on le lira un jour, quand on n'aura rien de plus urgent à faire. Entre deux activités pour assurer notre si belle "continuité pédagogique", nous y sommes. Là, on se dit qu'au moins, on va sourire.




Rudolph HERZOG (trad. par R. Darquenne), Rire et résistance, humour sous le IIIème Reich, Michalon 2013 pour la traduction française, 300 pages.


 



Et bien, une fois lecture faite, amateurs d’histoires drôles, passez votre chemin ! Ce livre à l’écriture lourde et au ton le plus souvent moralisateur ne prête en effet guère à la gaudriole, malgré une couverture qui semble prometteuse (un chimpanzé portant un brassard à croix gammée faisant le salut nazi), sans que l’on sache s’il faille incriminer l’auteur ou le traducteur (peut-être les deux ?). Les références aux comiques allemands des années 1920 tomberont certainement à plat devant la plupart des lecteurs.
  L’intention de l’auteur se comprend en fait surtout dans une perspective allemande : il s’agit pour lui de montrer l’inanité de la formule, souvent employée après 1945, disant que les blagues valaient à ceux qui les répétaient brevet de résistance ou en tout cas de refus de l’ordre nazi. Il montre ainsi que beaucoup de blagues sur les dirigeants nazis, comme celles sur le goût des décorations de Goering, reprenaient celles qui avaient cours auparavant, par exemple sur Hindenburg, et n’étaient en fait pas sanctionnées car jugées peu dangereuses pour le régime. Au contraire, en insistant sur les défauts humains des dirigeants, elles contribuaient à leur normalisation et par extension à celle de tout le nazisme. L’humour fut ainsi globalement fort peu réprimé, à la différence de certains humoristes, surtout les juifs. L’auteur note aussi des variations dans le temps assez notables : à la relative tolérance des débuts succéda une période où l’expression devint plus difficile. La plupart des rares cas d’exécutions eurent ainsi surtout lieu dans la deuxième moitié de la guerre, à un moment où la moindre déviance était férocement combattue. Mais même dans ce cas, l’humour ne fut le plus souvent que le prétexte d’une condamnation à mort déjà prévisible pour l’accusé du fait de ses caractéristiques sociales. A l’inverse, bien des blagues prenaient pour cible les adversaires de l’Allemagne, comme la SDN. En fin de guerre, on assista au développement d’un humour noir et désabusé tant la défaite devenait une évidence. Dans ce contexte, la résistance par l’humour vint surtout de l’étranger, avec les films de Lubitsch ou de Chaplin.
Au final, le livre dépeint les Allemands comme un peuple de suiveurs, à la fois goguenards et résignés, et finalement toujours dociles. C'est curieux, on aurait pu avoir l'impression que ces qualificatifs convenaient d'abord aux Français...


 


Jean-Philippe Coullomb

samedi 28 mars 2020

Compte-rendu du café-Histoire BD et Histoire









COMPTE-RENDU DU CAFE – HISTOIRE APHG LR « Bande dessinée et Histoire », Gazette Café Montpellier, le 03 mars 2020.


 


Conférencier : Vincent MARIE, professeur d’histoire-géographie au lycée Philippe Lamour, Nîmes.


OBJET : Aborder la bande dessinée comme un médium privilégié pour enseigner la connaissance historique.


Le café – histoire sur la bande dessinée et Histoire a eu lieu au Gazette café de Montpellier, le 03 mars 2020 de 18H à 19H30. Il a été organisé par la régionale de l’APHG Languedoc-Roussillon, et plus particulièrement par deux enseignants d’histoire-géographie, Dalila CHALABI et Stéphane DUPONT. Le conférencier invité est Vincent Marie, professeur agrégé d’histoire-géographie. Spécialiste de l’histoire culturelle et médiatique de la bande dessinée, il a publié des études sur Will Eisner, Jacques Tardi, Calvo, Stassen, Baudoin, Hugo Pratt et Comès. Sa thèse de doctorat portait sur « Les mystères de l’Egypte ancienne dans la bande dessinée : essai d’anthropologie iconographique » (2010). Il dirige la collection Graphein aux éditions Manuscrit et a été aussi le commissaire de nombreuses expositions sur la bande dessinée.  Il est aussi réalisateur de documentaires où il explore les liens d'appartenance entre dessin et histoire : Bulles d'exil (2014) ; Là où poussent les coquelicots (2016), Bartoli le dessin pour mémoire (2019) et Nos ombres d'Algérie (en production sortie prévue 2021).


PLAN :


  1. La bande dessinée comme document historique
     
  2.  La bande dessinée comme discours sur l’histoire


 


 


  1. La bande dessinée, un document historique :


Comment l’historien s’empare-t-il de la bande dessinée ?


  1. La bande dessinée accompagne les évolutions sociales, culturelles mais aussi politiques, économiques et esthétiques.


  • Première piste : La naissance de la bande dessinée américaine s’inscrit dans l’histoire culturelle des médias aux Etats-Unis.


 Cf  Albums, et Bulles d’exil qui interrogent les liens entre BD et immigration. Les premiers dessinateurs dans les quotidiens américains sont des immigrés au début du XXème siècle qui vont constituer la BD américaine comme un genre à part entière.


-L’un des pionniers :  The Yellow kid  de Richard Felton Outcault, New York Journal, Octobre, 1897 met en évidence l’art de l’ellipse et « l’art de l’invisible » c’est-à-dire qu’en tant que lecteur on imagine l’action entre deux images. Ce qui nous intéresse en tant qu’historiens et enseignants (enseignement de spécialité) c’est que ces bandes dessinées au début du siècle sont des commandes des deux grands fondateurs de la presse moderne que sont Joseph Pulitzer et Randolph Hearst. Les quotidiens américains sont très friands de ces images afin de favoriser les ventes. Par exemple, Outcault est publié dans le World et dans le New - York Journal. Ces récits dessinés sont d’abord publiés dans des suppléments dominicaux pour devenir quotidiens à partir de 1907. La BD se développe dans les grands journaux américains, en lien avec les progrès de l’imprimerie. Sociologiquement, The Yellow Kid s’adresse à un public populaire (ouvrier) : les scènes se déroulent dans la rue, l’argument de chaque planche est simple pour distraire le plus grand nombre. Historiquement, la BD américaine s’inscrit dans la société de son temps.


  • Deuxième piste : La BD va être aux prises avec des notions comme le protectionnisme, la censure et l’autocensure. Cf la revue d’histoire Le vingtième siècle, où Pascal Oury, historien de l’histoire culturelle, a écrit un article « Mickey go home ! », la BD devient un objet d’histoire. Il montre comment la France et la Belgique, à la libération, ont résisté au modèle américain avec des héros comme Tintin et Spirou. Durant la seconde Guerre mondiale, la BD américaine connaît un essor très important mais très vite on résiste avec deux journaux, le journal de Tintin et celui de Spirou, deux périodiques en France et en Belgique touchant plutôt des classes populaires. Pascal Ory parle de la loi du 16 juillet 1949 pour faire barrage à la production de la BD américaine où la violence était exacerbée. La BD va avoir des répercussions par rapport à cette loi car vont naître des formes de censure et d’autocensure. Exemple : histoire de Lucky Luke qui met en scène la mort des Dalton, Morris publie une planche sur la mort sanglante de Joe Dalton qui sera censurée.
  • Troisième piste : La BD est témoin de son temps car elle illustre un changement de mentalités, à travers un corpus vaste, l’étude de plusieurs auteurs ou un parcours de certaines œuvres. Exemple du travail de Nicolas Rouvière Astérix ou la parodie des identités. Premier élément de contextualisation : exemple de Tintin au Congo, révélateur de l’influence de l’opinion publique ou des mentalités sur des productions artistiques, et qui montre que certaines productions peuvent évoluer dans le temps. Les premières planches sont publiées en 1930 dans les pages du Petit Vingtième, le Congo est un eldorado pour la Belgique donc il convient d’en faire la publicité. Certaines planches de Tintin au Congo ont évolué entre la version de 1930 et celle de 1946 car le contexte a changé, donc Hergé a subi des pressions qui l’ont contraint à ces changements. Autre exemple pour étudier le militantisme féminin, à travers l’œuvre de Claire Bretécher, qui publie deux séries de femmes héroïnes, Agrippine et Cellulite. On peut réfléchir à l’évolution de la femme dans la société des années 1960 à 1970. Un autre dessinateur peut être interrogé, Reiser, qui accompagne la libération des mœurs, de la presse dans la France du général De Gaulle. Exemple suivant : Chez Astérix en Corse, à travers une histoire qui se passe durant l’Antiquité, on aura des résurgences dans notre société contemporaine.


 


 


 


  1. La bande dessinée en temps de guerre 
     


  • Première piste : La BD comme témoignage de l’histoire. Exemple d’une lettre d’un poilu en 1915, Léon Penet, qui fait usage de la bande dessinée, soucieux de l’éducation de ses enfants. Dans les camps, des déportés usent de la bande dessinée à des fins de témoignage, de transmission d’une mémoire : carnets de dessins de Rosenthal au camp de Gurs en octobre 1940 : il dessine trois carnets de croquis où il décrit tout l’univers concentrationnaire.
  • Deuxième piste : La BD comme outil de propagande. Pendant la première Guerre mondiale, la BD participe à l’effort de guerre, à travers le personnage de Bécassine en 1915 qui devient une marraine de guerre, en écrivant des courriers aux soldats. Exemple d’un document britannique en 1915 qui est une reprise de la tapisserie de Bayeux, et qui raconte une bataille britannique. C’est une forme de récit séquentiel à des fins de propagande. Essor de la bande dessinée américaine : 700 supers héros créés durant la seconde Guerre mondiale, des héros luttant contre l’ennemi nazi et japonais : exemple de Captain America. La bande dessinée participe, en tant que document historique, à l’effort de guerre. Le conférencier développe l'exemple de Will Eisner, grand dessinateur américain, au parcours très intéressant, qui met son talent au service de l’armée américaine. Il conçoit des planches didactiques dans des magazines militaires pour sensibiliser les soldats à l’entretien du matériel. Il met en scène aussi par la bande dessinée les moments vécus au front (Mon dernier jour au Vietnam).
     


  1. La bande dessinée historique ou le reflet d’histoire 
     
     Il s’agit d’incarner l’histoire à travers des grands personnages. Par exemple, le héros de Jacques Martin, Alix, est un personnage de fiction, qui voyage dans l’Antiquité de la Rome de César. Certaines dimensions sont plus didactiques, comme le personnage de Timour qui voyage dans les temps historiques, de la Préhistoire à nos jours.
     


  • Première piste : La bande dessinée comme la « résurrection du passé » (Michelet). Le rapport aux sources est interrogé surtout pour la période antique. Les dessinateurs apportent des éléments qui permettent une concrétisation de l’histoire, comme Jacques Martin qui utilise la couleur pour montrer les temples égyptiens qui ne sont que des ruines à l’heure actuelle, les façades des temples étaient très colorées. L’objectif est de reconstituer le passé. Exemple des récits mythologiques pour reconstituer le passé. Comment faire intervenir des divinités dans une société polythéiste ? Dans la bande dessinée Gilgamesh, récit de l’épopée à travers le récit des tablettes sumériennes. Dans ce cas, les divinités sont représentées par des pièces proches de pièces archéologiques ou de documents historiques.


 


  • Deuxième piste : La fabrique d’un imaginaire historique, des fictions d’archives. Par exemple, dans le cadre de la Première guerre mondiale, de nombreuses bandes dessinées utilisent des sources iconographiques d’époque. Par exemple dans Les diables bleus  de Carin, les soldats représentés sont la traduction d’une photographie de l’époque. Il est important d’explorer le rapport des dessinateurs aux sources historiques, comme le montre l'exemple de Jacques Tardi dans Putain de guerre. Le conférencier montre ainsi comment un des personnages de la BD est directement copié d'un film de 1915. Soldat au visage souriant à la Bourvil, il était l'incarnation du mouton conduit à l'abattoir pour Tardi. V. Marie explique avoir retrouvé son identité et son parcours à partir du film. Il était filmé car il venait d'être décoré pour avoir tué en combat rapproché une escouade d'Allemands. Formalisation d’une culture visuelle, les sources permettent de créer un imaginaire dessiné de la Grande guerre. La bande dessinée met des images sur les mots, et il devient possible pour un auteur de dessiner les récits de son grand-père. Lorsque les archives sont absentes, le dessinateur se projette dans l’élément à représenter, Tardi se prenait souvent en photo lui-même (autoportraits).


 


II- La bande dessinée comme discours sur l’histoire :


  1. La bande dessinée didactique : de l’histoire de France en BD à l’histoire dessinée de la France


Comment la bande dessinée peut-elle participer à la construction d’un raisonnement historique ? Comment la bande dessinée peut-elle mettre en scène l’histoire ?


  • L’Histoire de France en bande dessinée reste proche du roman national : c'est un récit évènementiel. Elle fut une entreprise pionnière dans les années 1976-1978, aux éditions Larousse, avec une volonté de présenter une histoire de France à travers la bande dessinée, en faisant appel aux grands dessinateurs de l’époque comme Raymond Poïvet.


Comment aujourd’hui réinvestit-on l’histoire de France dans « l’histoire dessinée de la France » ?


  • La collection de L’histoire dessinée de la France propose une relecture du récit national en associant dessinateurs et historiens dans la construction de la bande dessinée. De même, La balade nationale de Sylvain Venayre et d’Etienne Davodeau, dans laquelle il s’agit de déconstruire les mythes fondateurs et écrire une histoire critique de la France.


B- L’enquête sur le terrain


 


Dimension de l’enquête dans la bande dessinée, notamment dans le roman graphique. Les dessinateurs vont aller sur le terrain de l’histoire. Développement du roman graphique à partir des années 1980 et surtout dans les années 2000. L’objectif est de mener une enquête à la recherche d’une vérité ou d’un fait social oublié.


  • Exemple : Ulysse de Jean Harambat qui raconte le récit d’Homère en interrogeant des penseurs comme Jean Pierre Vernant sur la signification de ce récit homérique. L’œuvre d’Homère est éclairée à travers la réflexion de Harambat.
  • Exemple : travail de Joe Sacco Gaza 1956 qui fait figure de contre-histoire, il s’intéresse aux marges de l’histoire. Il s’agit d’interroger par des reportages sur le terrain, interroger les anonymes qui ont une place restreinte dans la grande histoire. Il interroge la Palestine, les femmes Tchétchènes, les crimes de guerre dans sa BD Reportages. Il intègre de nombreux documents à son récit comme une carte, des témoignages. Il montre ainsi la complexité des évènements inscrits dans le temps présent.
  • Exemple du travail de Sylvain Savoia Les esclaves oubliés de Tromelin, c’est l’histoire d’un naufrage. Il utilise le récit fictionnel de l’un des esclaves et le journal de bord d’une expédition d’archéologues. Comment à partir de sources archéologiques on va ressusciter l’histoire dans la bande dessinée et par la bande dessinée ?


  1. Le récit mémoriel ou l’écriture des souvenirs en bande dessinée


  • Première piste : Une des formes d’écriture de l’histoire par la bande dessinée c’est l’écriture visuelle des souvenirs, évoquée dans la thèse d’Isabelle Delorme qui parle de « récit mémoriel » : pour elle, c’est l’expression d’une mémoire individuelle, intime et chargée d’émotions qui est représentative d’une mémoire collective. Il s’agit de fictions de méthode.


  • Exemple : Maus de Art Spiegelman qui interroge son père, rescapé de la shoah.
  • Exemple : La résistance du sanglier de Stéphane Levallois qui interroge la façon dont son grand-père s’est engagé dans la résistance. Comment représenter des évènements douloureux à travers la bande dessinée ? Il crée un récit parallèle pour montrer la torture.


  • Deuxième piste : Les écritures de soi, les récits de vie. Le récit mémoriel permet d’étudier une société dans un espace donné à une échelle très réduite d’une famille ou d’une communauté. Deux exemples qui s’inscrivent dans la guerre d’Algérie : chaque auteur saisit une mémoire de la guerre d’Algérie, une mémoire intime.


  1. Daniel Blancou dans Retour à St Laurent des arabes raconte la vie dans un camp de harkis et comment ses parents, instituteurs, ont vécu les évènements.
  2. Joel Alessandra dans Petit-fils d’Algérie raconte l’histoire de sa famille à Constantine, famille de Pieds-noirs. Il se met lui-même en scène en tant que dessinateur sur place.


 


Conclusion :


De nouvelles formes de recherche dans la bande dessinée émergent. Il s’agit de s’interroger sur la façon dont se construit un imaginaire historique. La bande dessinée a la capacité de superposer les points de vue et de fabriquer de l’imaginaire, une façon de s’initier à la connaissance historique et à sa complexité.


 


 


 
Dalila CHALABI, référente APHG-LR

samedi 21 mars 2020

Compte-rendu du café-Histoire sur le manuel et ses usages en Histoire-Géographie




Lien vers la vidéo de la soirée, avec quelques soucis techniques (dont nous nous excusons platement) :






COMPTE-RENDU DU CAFE – HISTOIRE APHG LR « Le manuel scolaire en histoire-géographie », Gazette Café Montpellier, le 29 février 2020.


 


Conférenciers : Sébastien Cote, Philippe Guizard, Pierre Boutan, Vivien Chabanne.


OBJET :


  • Rendre compte de l’expérience de rédaction d’un manuel scolaire en histoire et en géographie et en saisir les contraintes officielles et pratiques.
  • Présenter les usages pédagogiques du manuel scolaire : apprentissages, contraintes, limites.


 


Le café – histoire sur le manuel scolaire a eu lieu au Gazette café de Montpellier, le 29 février 2020 de 18H à 19H30. Il a été organisé par la régionale de l’APHG Languedoc-Roussillon, et plus particulièrement par deux enseignants d’histoire-géographie, Dalila CHALABI et Stéphane DUPONT. Le premier conférencier invité est Sébastien Cote, professeur agrégé en classe préparatoire au lycée Joffre à Montpellier et directeur de collection de manuels scolaires aux éditions Nathan. Philippe Guizard, IA-IPR d’histoire-géographie, ainsi que Vivien Chabanne, professeur d’histoire-géographie et auteur de manuels scolaires aux éditions Nathan se sont également exprimés sur le sujet. Le dernier conférencier, Pierre Boutan, maître de conférences en sciences du langage à la faculté d’Education de l’université de Montpellier et président de l’association des Amis de la mémoire pédagogique, nous a fait l’honneur de présenter son expertise quant à l’histoire des manuels scolaires.


PLAN :


  1. Le manuel scolaire, un objet construit
     
  2. Usages en classe et paradoxes multiples


 


 


  1. Le manuel scolaire, un objet construit


Sébastien Cote :


En tant que directeur de collection de manuels scolaires (Edition Nathan).


  • Des attentes très fortes de la société :
    En effet, il souligne la fréquence des polémiques sur le manuel scolaire, accusé d’être le reflet d’un roman national, d’être axé sur la repentance, et au service de groupes de pression, de lobbies. D’autres polémiques sur l’écriture inclusive, par exemple, ont vu le jour.
     
  • Des attentes fortes de l’Education nationale :
    En effet, notre institution peut avoir un discours hostile envers l’usage des manuels scolaires, non indispensables pour la construction des cours. Mais lors d’un changement de programme d’enseignement, celle-ci se tourne vers les éditeurs pour concevoir dans des délais très réduits des manuels scolaires.
     
  • Des attentes de la société :
    Sébastien Cote précise la montée des groupes de pression de mémoire, liés à des Etats, des ambassades, des associations.
     
  • Une confusion très fréquente entre manuels scolaires et programmes scolaires :
     Le manuel scolaire est un outil pédagogique au service des enseignants pour la mise en œuvre d’un programme scolaire que le concepteur de manuel n’écrit pas. La première règle est de respecter le programme qui émane du Ministère de l’Education nationale.
  • Une confusion entre le manuel scolaire et le cours de l’enseignant :
     L’enseignant « picore » dans le manuel scolaire, il exploite certains documents, une problématique proposée. Donc, il est important de ne pas confondre le cours de l’enseignant et le contenu du manuel scolaire.
     
  • L’écriture d’un manuel scolaire :
     


  1. Un manuel est une entreprise collective, qui s’appuie sur un programme officiel directif qui impose, par exemple pour le lycée, les thèmes, les objectifs de chaque thème, des points de passage et d’ouverture obligatoires, ce qui représente une très forte contrainte. Le manuel scolaire met l’accent sur les renouvellements historiographiques car l’Histoire scolaire ne doit pas être déconnectée de l’Histoire universitaire. C’est un enjeu fondamental de connaissances. Une véritable équipe avec un directeur de collection, des auteurs choisis sur des critères d’excellence académique, d’excellence pédagogique, d’investissement dans la formation, à tous les niveaux, du collège à l’université. C’est aussi une équipe éditoriale coordonnée par l’éditeur, qui a pour mission de « fabriquer le livre », imposant par exemple aux auteurs un nombre de signes maximal. Les maquettistes ont pour mission de « mettre en musique » l’ouvrage sous forme d’une maquette car le livre doit être attrayant, l’iconographie doit être visible. L’équipe numérique propose une déclinaison numérique du manuel scolaire avec des ressources vidéo, audio, des podcasts, en veillant au lien avec la version papier. Le rôle de l’iconographe est de rechercher les images, en veillant au respect des droits d’auteur, une image qui doit être en haute définition. Donc, l’iconographe est en relation avec les bibliothèques, des musées, des archivistes, des banques d’images. La cartographie dans un manuel scolaire est fondamentale, et est gérée par des professionnels. Le manuel est conçu entre le mois de février et de mars pour être proposé aux professeurs au mois de mai.


 


  1. La question de l’historiographie. Le manuel scolaire n’est pas le lieu du débat historiographique, de la controverse historiographique. Le manuel scolaire s’adresse aux élèves même s’il est choisi par les enseignants. Donc, pour accéder à la controverse historiographique, l’élève doit être réellement outillé. Mais le manuel est le lieu qui permet d’instiller un renouvellement de la science historique. Par exemple, l’histoire des femmes était absente des manuels scolaires jusqu’aux années 1980. Lorsque Georges Duby ou Michelle Perrot ont développé l’histoire des femmes, progressivement les manuels scolaires ont intégré cette histoire. L’histoire de la colonisation vue par les colonisés est assez récente, et trouve sa place actuellement dans les manuels scolaires. Plus récemment, l’histoire environnementale, qui n’existait pas dans les années 1970-1980, est dynamique dans les manuels scolaires comme l’étude de la mondialisation des épidémies suite à la conquête de l’Amérique par les Espagnols et par les Portugais.
  2. L’objectif principal d’un manuel scolaire est de faire saisir à un élève la démarche historique, c’est-à-dire travailler à partir d’une source, la confronter à d’autres sources pour construire un discours. L’histoire est une démarche d’investigation à travers différents types d’exercices. Par exemple, aux éditions Nathan, les pages « Passé, Présent » sont dédiées à la compréhension des enjeux de l’Histoire, le dialogue entre le passé et le présent est primordial. Il s’agit, à partir d’un problème présent, de comprendre sa construction en étudiant le passé, de faire comprendre des mécanismes. C'est cela à quoi sert l’Histoire.


Vivien Chabanne :


  • Retour d’expérience sur le rôle d’auteur de manuels scolaires sur les nouveaux programmes de Première. Être auteur, c’est faire de nombreux compromis, autour de quatre éléments majeurs : le respect des programmes officiels, la transmission des derniers acquis de la recherche, la dimension pédagogique et didactique, les contraintes éditoriales.
  • Les principales étapes d’élaboration d’un chapitre :


  1. Un travail d’équipe
  2. Un temps de travail individuel
  3. De nombreux regards croisés


  1. Décider de la maquette et des approches didactiques et pédagogiques. Organisation des chapitres de manière collégiale. Deux acteurs essentiels : le directeur de collection et les éditeurs.
  2. Sujet à traiter individuellement, un sujet dont l’auteur n’est pas forcément spécialiste. De nombreuses recherches sont nécessaires dans les archives, dans les musées. L’objectif est de trouver de beaux documents, notamment le musée d’art et d’histoire de St Denis qui propose de nombreuses archives sur les questions au programme comme la IIIème République, et des liens vers les archives de la BNF disponibles en ligne. La principale difficulté est de rendre tangible aux élèves une situation historique complexe en utilisant le vocabulaire approprié. Les enjeux sont historiques mais aussi citoyens selon les sujets abordés comme la guerre d’Algérie.
  3. Discussions et relectures multiples par l’ensemble des acteurs, notamment le directeur de collection, les éditeurs et l’iconographe. Être auteur de manuels scolaires c’est « l’art de faire des compromis », c’est aussi de réfléchir à des contenus numériques. Un manuel scolaire sert à « faire de l’histoire ». Dans les éditions Nathan, des pages sont consacrées à « De la source à l’histoire » et « D’hier à aujourd’hui », qui donnent sens, dans la manière dont on construit l’histoire, au récit historique, comment une question historique du passé peut faire écho dans le présent. On le voit par exemple avec le thème de la IIIème République, sur la question de la place des femmes en politique. Les critiques par l’opinion publique sont faites sur les sujets traités et non sur la manière dont ceux-ci sont traités. La densité des programmes actuels est une contrainte pour les auteurs car leur liberté de traiter un sujet s’en trouve limitée, et également pour les enseignants, qui faute de temps, ne pourront pas se les approprier. Le plus important est d’entraîner les élèves à une démarche, une méthode.
     


  1. Usages en classe et paradoxes multiples


 


Philippe Guizard :


 


  • Du point de vue pédagogique :
     La façon dont le manuel scolaire est utilisé dans les classes pose un certain nombre de problèmes et de difficultés. Mais globalement, en France, les manuels scolaires sont de très bonne qualité, de beaux outils, de beaux objets faits avec rigueur, très agréables à regarder et à lire. Les manuels scolaires sont des objets pédagogiques mais aussi des objets commerciaux dont l’objectif est de dégager du profit. En France, depuis Jules Ferry, il n’y a pas de contrôle officiel sur les manuels scolaires, ceux-ci sont écrits librement et à charge aux professeurs de choisir le manuel scolaire en fonction de sa qualité.
     
  • De nombreuses difficultés constatées :
     


  1. Pour de nombreux enseignants, le manuel « c’est le programme », or ce n’est pas le programme. Avant de commencer la construction d’un cours, les enseignants croisent plusieurs manuels, donc le manuel a tendance à jouer le rôle du programme, ce qui représente une réelle difficulté.
  2. Le manuel a une fonction, en termes de pédagogie, assez normative. Les professeurs ont tendance à s’en inspirer beaucoup, plus qu’une véritable lecture des programmes officiels. Par exemple, depuis les années 1980 – 1990, dans les manuels scolaires, est apparue l’idée qu’il fallait que les enseignants d’histoire-géographie utilisent beaucoup les documents. A l’heure actuelle, le document, dans les manuels scolaires, est proposé accompagné de questions, qui invitent généralement à un prélèvement d’informations. Or, cela ne doit pas être l’unique activité à demander aux élèves, car c’est une activité de basse intensité intellectuelle. Ce qui est intéressant c’est de confronter des documents, de dégager des arguments, de construire des réponses organisées. Pour les manuels scolaires, il est très difficile de sortir de cette logique, ils continuent de proposer de nombreux documents avec des questions.
     
     
  3. Le manuel scolaire a une vision maximaliste du programme. Tout le programme est abordé de façon assez large. Or, ce qui est demandé par l’inspection, découlant des programmes, est de choisir dans le programme les éléments permettant de construire un projet. Par exemple, les nouveaux programmes de lycée proposent pour chaque chapitre des points de passage et d’ouverture obligatoires mais chaque enseignant les traite différemment, parfois en introduction, en conclusion, ou en guise d’illustration tout au long du chapitre. Pour la classe de Première, un chapitre porte sur les grandes phases de la Première Guerre mondiale, 4 points de passage et d’ouverture sont proposés. Dans les manuels scolaires, il est hors de question de faire l’impasse sur l’un de ces points. Or, l’inspection pédagogique invite l’enseignant, à partir de son projet pédagogique, à faire des choix quant à la durée proposée à l’étude de chaque point de passage et d’ouverture. L’enseignant est donc mis en tension entre la lecture globale proposée par le manuel et la course contre le temps.
  4. La question de l’innovation pédagogique. Les manuels scolaires restent trop conformes aux pratiques usuelles en classe, et ne proposent que très peu d’innovation pédagogique.
  5. Un usage très réduit des manuels scolaires dans les pratiques de classe. Ceci est la résultante d’un choix précipité du manuel scolaire par l’équipe disciplinaire. C’est l’attrait esthétique du manuel qui l’emporte dans le choix du manuel et non l’intérêt historique des documents. L’usage qui est fait du manuel est la copie de certaines pages.


 


  1. Pour que le manuel soit un outil réellement exploité par les enseignants, il faudrait que d’un point de vue culturel, le manuel scolaire cesse d’être un prescripteur pour les enseignants mais soit pensé comme un outil au service du professeur. « Le professeur est un concepteur et non un exécutant ». Il faudrait faire travailler les élèves sur le manuel scolaire, en utilisant le glossaire, en leur demandant de faire des recherches à partir des cartes proposées dans le manuel. L’enseignant doit apprendre aux élèves à exploiter le manuel scolaire.
     
    Pierre Boutan :
    Il évoque l’histoire des manuels scolaires en insistant sur le fait qu’il est nécessaire de prendre un recul dans l’histoire, voir comment fonctionnaient les manuels scolaires qui évoluent aujourd’hui en raison de l’entrée du numérique. Les manuels officiels en France n’existent plus. Le manuel permet d’évoquer le savoir savant, le rapport avec le savoir scolaire et le savoir enseigné. Une tentative de rédiger un manuel commun à l’espace méditerranéen a permis d’en réaliser un mais à destination des enseignants.


 


 


Conclusion :


Le manuel scolaire est un outil pédagogique complexe, source de nombreuses polémiques autour de son intérêt et de sa plus-value auprès des élèves. Il est un objet construit, réfléchi grâce au travail intensif d’une équipe éditoriale qui s’attache à respecter les programmes officiels d’enseignement. Un usage plus pertinent du manuel scolaire en tant qu’objet pour une analyse croisée des documents, un recul par rapport à une situation historique ou géographique, permettrait aux élèves de l’exploiter réellement et d’être davantage acteurs de leurs apprentissages.


 


 


Dalila CHALABI, référente APHG - LR