lundi 12 novembre 2018

Conférence à Sortie-Ouest, près de BEZIERS

Dans le cadre des soirées d'Hérodote avec Hérault Culture, nous avons le plaisir de vous convier à notre évènement, la conférence de Jean-Clément Martin intitulée "La Terreur, logique politique, dévoiement ou manipulation ?"

La Terreur demeure l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire nationale. Il est nécessaire de revenir, une fois de plus, au détail des luttes politiques pour comprendre comment des violences importantes ont été commises pendant la Révolution française, mais aussi pour expliquer pourquoi cette dénomination de « terreur » a été employée, afin de rendre compte exactement de ce qui s’est passé dans les années 1792-1794 et d’apprécier l’écho exceptionnel qui en a été gardé »

Jean-Clément Martin est professeur émérite à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ancien directeur de l'institut d'Histoire de la Révolution française. Il a consacré de nombreux livres à la Révolution française comme à la Contre-Révolution et à leurs mémoires.

Derniers ouvrages parus:
Robespierre, la fabrication d’un monstre, Perrin, 2016 (poche 2018)
La Terreur, Collection Vérités et Légendes, Perrin, 2017
Les échos de la Terreur. Vérités d'un mensonge d'État, Belin, 2018

A l'issue de la conférence une signature des ouvrages sera organisée en partenariat avec la librairie Clareton des sources.


mardi 6 novembre 2018

CONFERENCE A LA MEDIATHEQUE DE BEZIERS



L'APHG-LR signale, dans le cadre de son partenariat avec les CPGE du lycée Henri IV à Béziers, qu'une conférence ouverte à tous est programmée à la médiathèque de Béziers le 16 novembre prochain à 18 h 30. Le conférencier invité par notre collègue M. Soria est l'historien Amzat BOUKARI-YABARA, auteur d'un ouvrage qui fait référence sur le panafricanisme, Africa Unite !. Il a aussi produit une biographie de Kwame Nkrumah. Il s'exprimera également le lendemain devant les élèves de CPGE du lycée.



mercredi 24 octobre 2018

LECTURE D'AUTOMNE A l'OCCASION D'UN CENTENAIRE : LES VAINQUEURS de Michel GOYA











Michel GOYA, Les Vainqueurs. Comment la France a gagné la Grande Guerre, Tallandier, Paris 2018, 348 pages.


Voici un ouvrage qui détonne dans la production récente des historiens sur la Grande Guerre. Il détonne parce qu’il marque un retour à une version somme toute très traditionnelle de l’histoire de ce conflit. L’accent mis sur l’expérience combattante, souvent teintée plus ou moins fortement d’une sorte de ce que l’on ne peut qu’appeler un « dolorisme de tranchée », à forte consonance pacifiste et antimilitariste, n’a guère sa place ici. Alors on peut observer que Michel Goya est un ancien colonel, qu’il s’agit d’un ouvrage plutôt grand public, et que tout ceci est finalement de peu d’intérêt pour un enseignant d’Histoire-Géographie, désormais éloigné par définition du « roman national » et de l’Histoire-bataille. Ce serait d’abord oublier que Michel Goya a déjà signé avec La Chair et l’acier un bel ouvrage sur l’armée française du début du conflit, et qu’avec celui-ci il retrouve son objet d’étude quatre ans plus tard. Ce faisant, et en mettant en parallèle les deux, il montre bien comment cette guerre fut aussi, au plan militaire, le basculement du monde du XIXème à celui du XXème siècle. Ce serait oublier, aussi, que les militaires peuvent avoir des choses à dire sur ce qui reste fondamentalement un événement de nature militaire, justement. On peut enfin se demander si le discours historien n’a pas fini par brouiller les repères en définissant les soldats comme des victimes, nourrissant ces attitudes victimaires qui sont aujourd’hui une des plaies de la société française. A l’arrivée, on a ces innombrables documentaires, films, bandes dessinées, qui finissent par réduire les combattants de 14-18 à l’état d’un troupeau affamé et violenté par des officiers sadiques pour une cause nationale que la construction européenne a fini par vider de son sens. Est-ce leur rendre justice ? Il est permis d’en douter.


Le livre de Goya est donc l’occasion de remettre quelques pendules à l’heure. D’abord, l’effort français pour nourrir, équiper et armer d’engins toujours plus sophistiqués ces masses invraisemblables d’hommes, que les historiens des années 1950 ou 1960 connaissaient bien encore, est rappelé avec force. Bien souvent, en septembre 1918, c’est avec des armes lourdes françaises que les divisions américaines peuvent monter des offensives, armes prélevées parfois, avec leurs servants, sur les unités françaises voisines. Les Britanniques ne tiennent face aux offensives allemandes extrêmement violentes du printemps 18 qu’avec l’appui des Français, qui envoient latéralement leurs réserves colmater la brèche. Loin de l’historiographie anglo-saxonne aujourd’hui dominante sur les conflits mondiaux, on se retrouve donc avec une armée française littéralement au four et au moulin en cette dernière année de guerre. Si la 6ème armée française est écrasée lors de l’offensive allemande du 27 mai, ce sont les troupes de la République avec leurs chars qui contre-attaquent sur le Matz en juin, puis de façon bien plus importante en juillet après l’échec du Friedensturm allemand du 15 juillet. Ce faisant, elles récupèrent une initiative qu’elles ne perdent plus jusqu’à la fin du conflit, enchaînant les attaques et repoussant une armée allemande à bout de souffle. C’est Foch qui insiste alors pour attaquer, contre l’avis de Pétain, car il sent que l’armée impériale n’en peut plus. Les événements lui donnent raison. Lorsque l’armistice est signé, l’armée française prépare une nouvelle attaque en Lorraine avec l’appui des Américains pour le 14 novembre. Programmée avec 26 divisions et des appuis conséquents, on ne voit pas comment les quelques unités territoriales allemandes déployées en face auraient pu l’arrêter alors que les réserves allemandes ont fondu à pratiquement zéro et que peut-être un million de soldats allemands sont portés déserteurs. Ce sont encore les Français, avec les Serbes, qui donnent le coup de grâce à la Bulgarie par l’offensive du 14 septembre dans la vallée du Vardar. Les efforts de Ludendorff pour dédouaner son armée et lui-même de toute responsabilité dans la défaite passent dès lors pour ce qu’ils sont : des palinodies qui seraient risibles si elles n’avaient pas eu des conséquences politiques aussi gravissimes en participant de la montée du nazisme.


Devenue la première armée au monde en 1918, l’armée française voit ensuite sa supériorité disparaître dans l’euphorie de la victoire puis les difficultés économiques. Au plan organisationnel, elle devient armée à service militaire court qui ne sert plus que de cadre de mobilisation, avec un entraînement dramatiquement insuffisant. Au plan intellectuel, penser devient une atteinte à la discipline alors que c’était une qualité pour survivre puis gagner la guerre. Au plan matériel, elle vit sur les stocks de guerre avant d’engloutir toutes les ressources disponibles dans la ligne Maginot jusqu’aux efforts tardifs de réarmement à partir du gouvernement du Front Populaire. Redoutablement efficace en 1918, elle est devenue incapable de monter une offensive lors des manœuvres de 1937. L’ouvrage de Goya a le mérite de rappeler que l’Histoire n’est jamais écrite tant que l’on se donne les moyens d’influer sur son cours, et que toutes les « bonnes raisons », budgétaires notamment, justifiant la démission de la volonté, se payent tôt ou tard.


Jean-Philippe Coullomb





dimanche 14 octobre 2018

CONFERENCE A LA MEDIATHEQUE DE BEZIERS



L'APHG-LR signale, dans le cadre de son partenariat avec les CPGE du lycée Henri IV à Béziers, qu'une conférence ouverte à tous est programmée à la médiathèque de Béziers le 19 octobre prochain à 18 h 30. Le conférencier invité par notre collègue M. Soria est le journaliste Mickaël CORREIA, auteur d'une récente Histoire populaire du football. Il s'exprimera également le lendemain devant les élèves de CPGE du lycée.



vendredi 5 octobre 2018

CONFERENCE A SORTIE-OUEST



Dans le cadre de son programme annuel de conférences, l'APHG-LR accueille  à Sortie-Ouest le mercredi 17 octobre à 18 h 30 notre collègue François WAAG qui viendra nous parler du thème "Socialisme et syndicalisme en Allemagne 1875-1945" à partir du cas de l'Alsace qu'il connaît bien. Cette question intéressera au premier chef tous les collègues enseignants en classe de terminale. Les élèves concernés sont aussi les bienvenus.



lundi 24 septembre 2018

VENUE DE GERARD NOIRIEL A SORTIE-OUEST



Invité vendredi 21 au soir en ouverture des Chapiteaux du Livre, en partenariat avec l'APHG-LR, Gérard Noiriel  a régalé l'auditoire par son intervention consacrée au thème de son dernier ouvrage, Une histoire populaire de la France. Remontant à la fin du Moyen-Age, il a présenté les différentes acceptions qu'a pu recouvrir le terme "peuple" depuis cette époque. Souvent employé de façon très péjorative, il a longtemps structuré le champ politique avant d'être carrément évacué des discours les plus actuels, qui n'envisagent le monde que sous l'angle des gagnants ou en tout cas des classes moyennes intégrées à la mondialisation. Pourtant, loin des "premiers de cordée", le monde des classes populaires est loin d'avoir disparu. Il est surtout devenu plus atomisé, et donc sans doute plus dur, ce qui devrait rendre encore plus évidente la nécessité de s'en préoccuper.
Remercions donc encore une fois Gérard Noiriel et Sortie-Ouest pour la qualité de cette soirée très réussie.









mardi 18 septembre 2018

RENTREE LITTERAIRE



L'APHG-LR est heureuse de pouvoir annoncer la parution d'un ouvrage de Richard Vassakos, son président, intitulé La République des plaques bleues. Il montre l'importance symbolique du choix des noms de rues et des luttes qu'il a pu produire. Gageons que ce livre, axé sur le Biterrois, saura trouver son public.





Le bureau de l'APHG-LR précise, par souci d'honnêteté, que :
1) l'achat n'est pas déductible de l'adhésion à l'association ;
2) ce post a été placé sans l'avis du président, trop modeste et trop attaché à la séparation des genres, pour le faire lui-même. Mais franchement, il le mérite.


dimanche 9 septembre 2018

CONFERENCE A BEZIERS



Dans le cadre de son programme annuel de conférences, l'APHG-LR accueille exceptionnellement à Sortie-Ouest près de Béziers, Gérard Noiriel le 21 septembre à 21 heures pour les Chapiteaux du Livre. Il s'exprimera sur une histoire populaire de la France, titre de son nouveau livre. Signalons qu'il fut l'auteur d'un ouvrage sur le massacre des Italiens à Aigues-Mortes en 1893.
Cette soirée est bien sûr ouverte à tous.



dimanche 26 août 2018


A VOS AGENDAS!

VOICI LE PROGRAMME DE L'APHG-LR 2018-2019


 

Voici le programme des conférences prévues par l'APHG-LR pour l'année 2018-2019. Comme à l'accoutumée, elles seront organisées à Sortie-Ouest, près de Béziers. Nous remercions encore chaleureusement toute l'équipe qui nous y accueille, et d'abord Mme Boubekeur.

M. Gérard Noiriel, "une histoire populaire de la France" le 21 septembre

M. François Waag, "socialisme et syndicalisme en Allemagne de 1875 à 1945, l'exemple de l'Alsace" le 17 octobre

M. Jean-Clément Martin, "la Terreur, logique politique, dévoiement ou manipulation?" le 21 novembre

M. Denis Peschanski, "La France des camps" le 6 février

Mme Mathilde Larrère, "Femmes et minorités : dominations et résistances" le 13 mars

M. Philippe Lacombrade, "Une histoire du rugby en Occitanie" le 17 avril

 

En complément, et c'est une nouveauté de l'année, l'APHG-LR sera partenaire d'un cycle de conférences organisées à la médiathèque André-Malraux de Béziers par notre collègue Laurent Soria, enseignant en CPGE au lycée Henri IV.

M. Correia sur le foot les 19 et 20 octobre

Amzat Boukari Yabara sur le panafricanisme les 16 et 17 novembre

M. Pacquot sur utopies, utopistes et "désastre urbain" les 25 et 26 janvier

 

TOUTES CES CONFERENCES SONT BIEN SUR OUVERTES A TOUS!!! Qu'on se le dise!




 



 

jeudi 2 août 2018

Lecture d'été (2) : Montaigne d'Arlette JOUANNA





Arlette JOUANNA, Montaigne, NRF, Gallimard, Paris 2017, 459 pages.

 

C’est toujours avec gourmandise que l’on ouvre un livre écrit par Mme Jouanna, et on se surprend à entendre le son de sa voix lorsqu’on lit son ouvrage. Son enseignement a en effet marqué des générations d’étudiants et de professeurs d’Histoire-Géographie à l’université de Montpellier. Elle nous livre ici une biographie toute en finesse d’un personnage qui ne l’était pas moins, Michel de Montaigne. Elle déroule la vie d’un homme qui reste une source de réflexion et d’inspiration pour les penseurs actuels.

C’est que le personnage a de quoi dérouter : c’est à trente-huit ans, en 1571, qu’il fait le choix de faire « retraite », de « se rasseoir en soi », en se disant « dégoûté » de la vie de Cour et des honneurs. C’est de ce choix, d’ailleurs pas définitif, que nous viennent ses Essais, si connus du vivant même de Montaigne qu’ils en ont été caricaturés dans les Apophtegmes du sieur Gaulard de Tabourot. Il faut dire que son œuvre finit par prendre un poids déterminant sur sa vie et il les annota et travailla à leur publication jusqu’au bout. Regorgeant de détails sur la vie de son auteur (on est très bien renseigné sur ses goûts en matière de fruits et légumes par exemple), elle laisse curieusement dans l’ombre des pans entiers de son existence que la modicité de sources autres ne permet pas toujours d’élucider. A partir de là, les interprétations sur l’homme ont pu être aussi nombreuses que contradictoires : certains ont pu voir en Montaigne un pur esprit, d’autres l’inventeur du sujet, d’autres encore un serviteur zélé et passablement ambitieux du pouvoir monarchique.

Mme Jouanna le replace alors, avec la précision d’entomologiste qu’on lui connaît, dans son époque, qu’il s’agisse du cadre matériel ou des relations dans le milieu nobiliaire. Issu d’une famille enrichie dans le commerce et qui avait investi dans une seigneurie, il reçoit une éducation soignée pour autant qu’on puisse l’évaluer puisqu’on perd sa trace durant ses années de jeunesse. Ayant reçu de son oncle une charge à la cour des Aides de Périgueux avant qu’elle ne soit fusionnée avec celle de Bordeaux, il entame une carrière de magistrat tout en ayant l’esprit marqué par la notion de liberté, chère aux nobles. Catholique mais issu d’une famille divisée, à l’image du pays, par la question religieuse, il admire le chancelier Michel de L’Hospital et il est sans doute proche des « moyenneurs » puis des « Politiques » face aux extrémistes religieux. Il fréquente la Cour et il a rencontré personnellement Henri III et Henri IV. Il a eu la tentation de l’ascension, et il a sans doute envisagé les Essais comme un moyen de se faire connaître, dans la perspective néo-platonicienne de conseiller d’un roi-philosophe. Maire de Bordeaux de 1581 à 1585, il fait tout son possible pour maintenir la ville dans l’obéissance au roi, face à la Ligue ultracatholique. Mais toujours, il refuse les sujétions qui vont avec le service du pouvoir, y compris quand il s’agit de sujétion interne : il refuse de s’envisager uniquement comme le serviteur d’un ordre même acceptable.

Cette volonté de toujours garder son quant-à-soi est une marque de fabrique du personnage, qui se méfie des certitudes, des théories et du dévouement complet à une cause. A partir de là, on peut revisiter avec Arlette Jouanna les points les plus connus des Essais au fil de l’histoire de leur écriture. L’amitié avec La Boétie, si souvent commentée quoiqu’assez courte (quatre à six ans), est surtout une façon de vanter une relation qui n’était empreinte d’aucun intérêt et d’aucune soumission, contrairement à ce que ce terme recouvrait alors habituellement chez les nobles. Ainsi, elle devenait synonyme d’égalité et de liberté. Le passage sur les « cannibales » renvoie bien sûr aux violences des guerres de Religion, et le regard des « sauvages » permet de poser très librement des observations que l’on ne pourrait donner sans eux. D’ailleurs, à le suivre, c’est  en « sauvage » que Montaigne accepte la charge de maire de Bordeaux, c’est-à-dire hors de toutes les sujétions habituelles qui entravent la liberté. L’Apologie de Raymond Sebond, auteur du XVème siècle qui voulait prouver rationnellement la justesse de la religion, sert à mettre en garde contre l’orgueil intellectuel et contre l’esclavage de l’esprit que constitue la certitude d’avoir raison. Montaigne, très conscient de ses propres contradictions, est l’homme du doute, mais d’un doute qui est une recherche perpétuelle et jamais un abandon de la volonté. Ce doute n’est en rien contradictoire avec l’obéissance, mais une obéissance raisonnée, librement acceptée et exercée, qui permet au corps politique du pays de vivre de façon aussi harmonieuse que possible. Aimant et décrivant la vie avec minutie, il s’attarde sur une chute de cheval restée célèbre mais que l’on a du mal à dater précisément. Il la prend comme une expérience de ce que devrait être la mort, dont il explique qu’il ne faut pas avoir peur. C’est que finalement le travail sur soi est une œuvre noble, qui ne saurait se plier à des règles aussi vulgaires que peut l’être une planification précise. Et ce sont bien les surprises et les rencontres qui font que l’on se découvre progressivement à soi-même. Ainsi, le voyage devient un moyen de rentrer en soi. Mort en 1592 sans avoir connu le retour de la paix, Montaigne n’en a pas moins été reconnu comme un membre éminent d’une république des lettres européenne, ainsi qu’en atteste par exemple sa correspondance avec Juste Lipse.

Originale en son temps, la démarche de Montaigne lui a permis de se protéger et a inspiré bien des gens attachés à l’idée de liberté, ce qui valut d’ailleurs aux Essais d’être mis à l’index par l’Inquisition pontificale de 1676 à 1966.  Au final, le plus beau compliment que l’on puisse faire au travail d’Arlette Jouanna est de constituer une invitation à se (re)plonger dans la lecture d’un texte souvent difficile mais toujours pénétrant.

Jean-Philippe Coullomb


vendredi 20 juillet 2018

Lecture d'été : La révolution abolitionniste d'Olivier GRENOUILLEAU







Olivier GRENOUILLEAU, La révolution abolitionniste, Gallimard, NRF, Paris 2017, 504 pages.


 
O. Grenouilleau nous livrait il y a peu un nouveau travail sur le thème qui lui a apporté la notoriété, l’esclavage, ou plutôt ici sur son avers : la volonté de l’éradiquer. C’est un ouvrage dense et nuancé, passionnant de bout en bout, où la finesse de la réflexion et la hauteur de vue ne sont pas étouffées par un langage boursouflé, comme cela arrive parfois, mais sont au contraire soulignées par la clarté de l’expression.


Le point de départ est issu d’une comparaison : pourquoi le mouvement abolitionniste est-il né dans l’espace atlantique aux XVIIIème et XIXème siècles, jusqu’à devenir une norme internationale globale, adoptée par l’Arabie Saoudite en 1962 par exemple ? On ne peut que constater que si des critiques individuelles ont pu exister auparavant, la plupart des sociétés ont mis au point une casuistique plus ou moins élaborée pour justifier une situation qui a toujours été perçue comme un peu étrange. Les seules exceptions notables se trouvent chez les Druzes, qui ont supprimé l’esclavage dès le XIème siècle, ou encore chez les esséniens, deux communautés initiatiques particulièrement fermées et donc peu connues. L’auteur observe que l’abolition n’a pu apparaître et se développer que dans des Etats  en cours de formation ou de consolidation, et certainement pas dans des théocraties reposant sur le Coran car il justifie l’esclavage.


La question des origines de l’abolitionnisme est dès lors centrale. L’historiographie a longtemps recherché, en vain, la cause absolue. L’action de quelques héros isolés, l’inutilité de l’esclavage à l’âge préindustriel ou encore les révoltes serviles ont été tour à tour évoquées, mais aucune n’est déterminante à elle seule. Bien plus importante semble être l’action patiente et continue d’une internationale quaker, née dans les Treize Colonies anglaises d’Amérique du Nord, qui essaime ensuite en Angleterre, où est fondée la première société abolitionniste en 1787, et trouve des relais sur le continent, par exemple avec Necker et sa famille. Economiquement, l’interdiction de la traite en Angleterre en 1807 vient interrompre brutalement un commerce à son apogée alors que la plus grande rentabilité du travail libre reste pour le moins sujette à caution à ce moment-là. La variété des voies nationales est également flagrante. En France, l’abolitionnisme souffre d’être défendu par Brissot contre Robespierre, malgré la loi de circonstance de février 1794, tandis que la République ne saurait reconnaître une antériorité quelconque à l’action de l’un de ses grands hommes, Victor Schœlcher, et ce d’autant plus que l’anglophobie s’en mêle puisque la pratique de la traite devient un acte de résistance morale après Waterloo.


La pratique de l’abolitionnisme est ensuite évoquée. Révolutionnaire dans son principe, il s’avère réformiste dans ses modalités, et il est largement défendu par ceux que l’auteur appelle des « libéraux conservateurs » comme La Fayette. Le choix, tactique, de commencer par la lutte contre la traite, avant de s’attaquer à l’esclavage directement, est effectué très tôt par la société abolitionniste de Londres, avec l’idée que la fin de la traite amènera progressivement à l’extinction de l’esclavage. L’ « immédiatisme » n’apparaît que dans un second temps, lorsque la situation est mûre pour qu’il soit accepté. En Angleterre, c’est en 1833 que l’abolition de l’esclavage est votée. Ce gradualisme se retrouve par exemple en France, où pas moins de 28 textes législatifs encadrent et limitent de plus en plus l’esclavage entre 1830 et 1848. Les discours qui défendent l’idée d’abolition insistent très fortement sur l’impératif moral, en particulier en France. En Angleterre, le revivalisme religieux a un rôle essentiel car il s’agit pour chacun de mettre en adéquation sa vie personnelle avec les principes évangéliques. Enfin, des campagnes de mobilisation très modernes apparaissent pour la première fois afin d’émouvoir l’opinion. Elles utilisent les images, telles le plan bien connu du navire négrier Brooks, et les témoignages horrifiants, en demandant au public de prendre parti. Les arguments pratiques ne sont pas abandonnés à l’autre camp, et c’est à ce titre que l’on voit se développer une théorie du travail libre, supposé être plus efficace.


Global dans son projet, largement né chez les quakers américains, l’abolitionnisme est porté par des réseaux dont les membres se sentent être des citoyens du monde, et qui multiplient les comparaisons entre des systèmes différents. Le pays où ils réussissent le mieux est aussi celui qui devient la première puissance mondiale au XIXème siècle, l’Angleterre. En pleine guerre d’Indépendance des Etats-Unis, accusés de « tenir en esclavage » les colonies, les Anglais répondent en dénonçant l’esclavage bien réel qui existe chez une partie des Insurgents. Plus largement, face aux Américains puis face à la France révolutionnaire et impériale, l’abolitionnisme devient un moyen de reconstituer le capital moral d’un pays en guerre au nom de la liberté, sans remettre en causes ses structures fondamentales. Dès lors, le Foreign Office intègre à tous les traités internationaux une dimension, au moins morale, de lutte contre la traite, comme par exemple au congrès de Vienne. Le combat contre le commerce des esclaves devient même la première mission d’une Royal Navy dépourvue de concurrent sérieux, et en même temps un argument pour étendre son action sur toutes les mers du monde. Cette politique est si coûteuse qu’elle en est fort critiquée, mais elle reste une constante car ses partisans occupent une position centrale sur l’échiquier politique anglais, et sont à ce titre aux affaires quasiment sans discontinuer. Si des projets de mise en valeur de l’Afrique par des travailleurs libres existent dès la fin du XVIIIème siècle, ce n’est que très tardivement que la lutte contre l’esclavage devient ce qu’il faut bien appeler un prétexte à la colonisation de l’Afrique. L’Eglise catholique, jusque là fort discrète sur la question, en appelle ainsi, par la bouche du cardinal Lavigerie en 1888, à une véritable croisade pour libérer les Noirs de la domination arabe, en grossissant sans limite les chiffres d’une traite musulmane certes alors en expansion. Gallieni, quant à lui, occupe Madagascar et y supprime l’esclavage, mais c’est pour y établir le travail forcé deux mois plus tard. Le cas du Congo belge de Léopold II aboutit à un scandale mondial suite à la découverte de l’affaire des mains coupées.


Complété par un fort utile index des noms propres, cet ouvrage remet donc en cause bien des idées reçues. Il a le double mérite de décentrer le regard du cas français et d'éviter le discours moralisateur et repentant actuellement tellement à la mode. A coup sûr on ne galvaudera pas l’expression de « maître-livre » en l’employant pour ce travail intelligent et informé sur ce qui fut d’abord et avant tout une révolution morale transformée en impératif juridique.


Jean-Philippe Coullomb


 

jeudi 5 juillet 2018




FESTIVAL ART ET PATRIMOINE "LE MEDIEVAL" du 6 au 8 juillet


Au domaine de Bayssan près de Béziers, au château de Dio et Valquières, à l'abbaye d'Aniane

Pour les amateurs de Moyen-Age, le département de l'Hérault accueille un festival sur plusieurs sites, avec au programme conférences, animations et concerts. Nos amis du domaine de Bayssan hébergent ainsi le 7 juillet, parmi d'autres activités, la reconstitution d'un campement médiéval. Vous trouverez de plus amples informations sur le lien suivant :