mercredi 14 septembre 2022

On nous signale pour le 1er octobre prochain...

 Notre collègue Franck Dory nous signale qu'il anime une conférence pour l'ANR (Association numismate du Roussillon)  le samedi 1er octobre 2022  à partir de 14 heures 30 sur le thème :

"Vienne-sur-Rhône dans l'Antiquité : son urbanisme,  ses voies, sa monnaie."

Salle delazerme -  musée PUIG 42 avenue de Grande Bretagne 66000 Perpignan


 


vendredi 26 août 2022

Lecture d'été 2022 - 4 : Le Passé imposé, par Henry Laurens

 

Henry LAURENS, Le passé imposé, Fayard, Paris 2022, 253 pages.


 

Voici un ouvrage un peu curieux, dans lequel un historien chevronné, spécialiste des relations entre l’Orient et l’Occident, s’exprime sur certaines tendances actuelles dans l’écriture de l’Histoire. C’est donc un essai, que l’on aura du mal à rentrer dans une catégorie plus précise. Curieux, le plan, en quatre longs chapitres, l’est tout autant. Le premier d’entre eux est intitulé « prolégomènes ». On veut bien, mais il fait tout de même 74 pages, soit le quart du volume. Le dernier reprend le titre du livre, à moins que ce ne soit l’inverse. L’écriture, elle, est assez hachée, surtout au début. Bref, on se demande au bout d’un moment ce que l’on fait avec Le passé imposé entre les mains. Rassurons les lecteurs potentiels : cette sensation ne dure pas et l’intérêt se renforce au fil des pages. Le tout est de passer les (trop) longs prolégomènes, qui ne font que présenter quelques bases de la discipline, pour atteindre le corps du sujet du livre.

Le chapitre sur l’orientalisme et l’occidentalisme est l’occasion d’une discussion d’où il ressort que l’on connaît actuellement plutôt une grande convergence des sociétés, même si l’imposition de valeurs occidentales reste parfois mal acceptée. Celui sur les violences du dernier siècle est une réflexion sur des sociétés européennes qui se redécouvrent violentes en 14-18 après une longue période de paix. Henry Laurens rejette l’explication par la violence coloniale, trop limitée dans le temps et dans ses acteurs, pour avoir eu une influence sur la brutalisation des hommes en guerre. Cette violence paroxystique débouche sur sa négation à la fin du XXème siècle, moment où la victime remplace le héros dans l’imaginaire historique. Au passage, il souligne à juste titre combien l’attentat-suicide constitue comme une synthèse nihiliste de ces notions de héros et de victime. Son rappel des propos de Lénine sur la violence de classe passant par l’élimination de quelques milliers de personnes pour en terroriser bien davantage n’est pas sans écho dans l’Ukraine actuelle, où la formule de dénazification couvre une volonté de rattachement forcé à la mère-patrie russe. Le dernier chapitre, enfin, est une claire dénonciation des usages du passé pour se poser (ou poser tel ou tel groupe auquel on se rattache) en victime, comme cela se fait dans la lignée des « post-colonial studies » anglo-saxonnes, puis maintenant françaises. Laurens souligne combien la situation des migrants ou de leurs descendants actuels n’a que peu à voir avec la colonisation, mais bien plus avec la mondialisation économique et les mouvements migratoires qu’elle entretient. La confusion des deux explications ne sert que des entrepreneurs d’identité. La racialisation des rapports sociaux, au nom de « l’authenticité », et en fait de l’essentialisation des individus est une impasse dangereuse dans une société fracturée, qui doit apprendre à se considérer comme diverse et cependant unie.

La mémoire n’est décidément pas l’Histoire, et l’historien se doit d’admettre qu’il est dans sa vocation de déplaire à tout le monde. La démarche militante n’est pas la démarche historienne. Ce livre le rappelle utilement.

 

Jean-Philippe Coullomb

dimanche 7 août 2022

Lecture d'été 2022 - 3 : Napoléon et le renseignement, de Gérald Arboit

 

Gérald ARBOIT, Napoléon et le renseignement, Perrin, Paris 2022, 542 pages.

 


 

Aborder Napoléon et le Premier Empire sous un angle jusqu’ici peu traité : c’est ce qui motive l’achat de ce livre. L’intérêt du renseignement, pour un chef de guerre comme le fut Napoléon, est une évidence, et tout le monde se souvient d’un Schulmeister immortalisé par une amusante série télévisée des années 1970. L’auteur explique, de façon convaincante, que si cet angle a été peu traité, c’est qu’il a d’abord et avant tout été longtemps méprisé par des historiens professionnels refusant de s’engager sur la pente des complots et des petites histoires individuelles supposées avoir écrit la vraie grande histoire. Pour les spécialistes d’histoire militaire classique, seuls les plans et l’organisation des forces pouvaient expliquer le sort des batailles, tandis que les tenants d’une histoire structuraliste ne pouvaient qu’ignorer de façon hautaine quelques espions bien éloignés des forces sociales profondes, seules dignes d’intérêt. Depuis peu, et sous l’influence d’une historiographie anglo-saxonne, les universitaires admettent un peu plus l’ouverture à ces questions-là. Les sources existent, même si elles sont difficiles à utiliser et interpréter, et les notions mises au point pour des périodes plus récentes peuvent être utilisées. Cet ouvrage est au fond l’illustration de cette démarche.

Là où le bât blesse, c’est dans le résultat qui nous est livré. Disons-le tout net : la déception est grande à la lecture du livre. Il y a des raisons de forme, et d’autres de fond. D’abord, on se demande bien pourquoi l’auteur s’acharne pendant presque tout son ouvrage à citer l’intégralité des prénoms des personnages évoqués, y compris quand il s’agit de célébrités de la période. Le résultat est pesant et participe d’une sensation de basculer dans l’anecdotique qui ressort des différents chapitres. Gérald Arboit essaie en effet de traiter tous les aspects possibles de son sujet, de la lutte contre les conspirateurs royalistes au renseignement économique en passant par l’espionnage aux armées, et on ne le lui reproche pas. Par contre, trop souvent, on a le sentiment que tout exposé général sur un point précis est transformé en occasion de raconter tel ou tel parcours individuel, faisant oublier le thème du chapitre. Les lignes de force sont noyées au milieu d’un invraisemblable déballage d’individus qui apparaissent et disparaissent des pages de façon plus ou moins aléatoire, avec en plus des formules au conditionnel et un vocabulaire qu’on s’attendrait plutôt à trouver du côté de la Guerre Froide. Pire encore, ces personnages et les opérations qui les concernent semblent bien souvent n’avoir eu qu’un impact des plus réduits sur le déroulement de faits par ailleurs connus et établis. Bref, osons le dire, on a trop souvent l’impression que l’auteur donne involontairement raison aux contempteurs universitaires habituels de ce champ de la recherche. C’est bien dommage.

Et cela l’est d’autant plus que l’on apprend par ailleurs des choses dignes d’intérêt. La séparation police intérieure/renseignements extérieurs n’avait de toute façon que peu de sens dans la lutte contre les groupes royalistes, agissant en France depuis l’étranger, et la guerre des polices était déjà une réalité. C’est largement Talleyrand qui a utilisé Godoy puis poussé à l’intervention en Espagne, effectuée avec des renseignements au mieux datés, le plus souvent inexistants. Mais c’est sous l’angle économique que l’on  en apprend le plus : Napoléon a tenté de déstabiliser l’économie de certains de ses adversaires, et d’abord de l’Autriche, en faisant imprimer de la fausse monnaie, dans le but de créer de l’inflation pour réduire les effets des subsides anglais accordés à ce pays essentiel dans les guerres de l’Empire. Le renseignement économique et technologique, largement encouragé par Chaptal, n’a eu que peu d’effets car les rares éléments captés n’ont jamais pu être diffusés de façon importante. Le régime impérial s’est même payé le luxe de refuser des nouveautés mises au point chez des alliés. Ainsi en fut-il de procédés lithographiques mis au point en Bavière. On suivra moins l’auteur quand il réduit les loges maçonniques dans les territoires européens dominés à une structure d’espionnage au profit de la France. Ce n’est peut-être pas totalement faux, mais cela semble un peu court tout de même.

On l’a compris, le bilan est donc pour le moins très mitigé, et on ne peut que dire que l’auteur n’a pas transformé l’essai, loin s’en faut. On le regrette.

 

Jean-Philippe Coullomb

lundi 18 juillet 2022

Lecture d'été 2022 - 2 : Kharkov 1942, de Jean Lopez

 

Jean LOPEZ, Kharkov 1942, le dernier désastre de l’Armée Rouge, collection Champs de bataille, Perrin avec le Ministère des Armées, Paris 2022, 316 pages.


 

Quand on a un faible pour l’histoire militaire la plus classique, Jean Lopez est une bonne pioche. Quand en plus il écrit sur une bataille ayant eu lieu à proximité d’une ville dont on reparle à cause d’une nouvelle guerre, en l’occurrence Kharkov, l’actuelle Kharkiv ukrainienne, l’envie est trop forte et on cède à la tentation d’acheter et de lire son dernier ouvrage. Disons-le, l’éditeur, qui lance avec ce titre une nouvelle collection d’histoire militaire (confiée justement à Jean Lopez), réalisée en partenariat avec le Ministère des Armées, a fait du beau travail. Les cartes en couleur, en encart central, sont agréables à l’œil, lisibles et permettent de suivre correctement les événements décrits dans le texte. Ordres de bataille, notes infrapaginales, sources et bibliographie, index des noms de personnes : tout y est. La qualité d’écriture, toujours simple et percutante, participe aussi du plaisir de la lecture.

Sur le fond, on a le récit d’une offensive soviétique ratée en mai 1942, lancée à partir d’un saillant dans le front allemand pour envelopper et prendre Kharkov avant d’exploiter plus loin. D’entrée, l’objectif semble surdimensionné pour les moyens engagés, et isolée, une telle attaque n’aurait de toute façon pu avoir que peu d’incidence stratégique sur le cours de la guerre. Elle est déclenchée quelques jours avant que les Allemands ne passent eux-mêmes à l’offensive pour cisailler à sa base le susdit saillant. La manœuvre russe les oblige à anticiper quelque peu leur propre manœuvre, mais aboutit finalement à la rendre plus destructrice encore que ce à quoi elle aurait pu prétendre. Timochenko, en particulier, s’acharne à ordonner d’attaquer au fond du saillant alors même qu’il est en voie d’être sectionné à sa base par les chars de Kleist. On saura gré à l’auteur d’avoir utilisé les souvenirs d’un sergent soviétique, qui raconte de l’intérieur, au ras du sol, la fuite et la survie dans un de ces chaudrons terrifiants qui a marqué la guerre à l’Est. Le bilan est éloquent, avec environ un quart de million d’hommes perdus, un matériel immense détruit ou abandonné par l’Armée Rouge, contre 20.000 hommes perdus pour la Wehrmacht.

Coincée entre Barbarossa et Stalingrad, moins symbolique que le siège meurtrier de Sébastopol, cette bataille pour Kharkov, la troisième de la guerre, reste une grande oubliée des mémoires du conflit. Elle n’est évoquée que dans les mémoires des chefs russes y ayant participé, et qui cherchent surtout à se défausser de leurs responsabilités sur leurs camarades ou leurs supérieurs. Elle est pourtant riche d’enseignements auxquels l’actualité donne un écho particulier. La sous-estimation de l’adversaire par le haut commandement et la direction politique russes, nourrie par une surévaluation sidérante des pertes qu’il a subies (Staline les croit six fois plus élevées que la réalité !) semblent sorties des émissions actuelles sur la guerre en Ukraine. La terreur devant un chef que l’on n’ose contredire n’est pas sans rappeler cette scène surréaliste du patron du FSB bredouillant devant Vladimir Poutine.

Si la bataille fut une lourde défaite pour les Soviétiques, on aura compris que ce livre est belle une réussite, et on se dit que l’on risque de revenir à cette nouvelle collection. Les prochains titres annoncés portent sur Verdun et Crécy.

 

Jean-Philippe Coullomb

samedi 9 juillet 2022

Lecture d'été 2022 - 1 : Réinventer la gauche en Languedoc-Roussilon 1945-1968

 

André BALENT et Richard VASSAKOS (dir), Réinventer la gauche en Languedoc-Roussillon 1945-1968, Guerre froide, anticolonialisme, occitanisme et genèse de la Nouvelle gauche, Publication de l’Olivier, Maitron Languedoc-Roussillon, Perpignan 2022, 234 pages.



Notre président, Richard Vassakos, par ailleurs membre du Maitron Languedoc-Roussillon, vient de codiriger l’édition des actes d’un colloque qui s’est tenu à Béziers en 2011. C’est donc là le résultat d’un travail de longue haleine, sans nul doute difficile à mener lorsqu’on travaille ailleurs que dans une grande ville universitaire, qui nous est livré. Notons-le d’entrée, deux des communications qui auraient dû s’y retrouver ne sont pas parvenues à l’éditeur. Les éventuelles conclusions sont également absentes. On a donc ici six communications, dont deux relèvent de l’enquête prosopographique. Un index aurait sans doute été le bienvenu, mais il est déjà très positif que cette édition ait pu voir le jour.

 

Que peut-on retenir de cette lecture ? D’abord, la période de l’après-guerre, et en particulier la guerre d’Algérie, est un moment de redéfinition de la gauche. La SFIO, et même souvent le PCF, pâtissent en effet de leur politique face à la question coloniale, comme en témoigne l’article sur le messalisme chez les mineurs algériens des Cévennes. Tout un peuple de militants ne se retrouve plus dans leurs positions. C’est bien souvent le PSU qui les accueille et qui sert, même si la formule est galvaudée, de « laboratoire d’idées ». La question occitane est un exemple de la force et des limites de ce rôle de laboratoire. Si le passage par le PSU permet à Lafont, secrétaire général de l’Institut d’Etudes Occitanes, de faire accepter l’idée d’une régionalisation à la gauche, jusque là fort jacobine, il le fait dans un cadre national, et sans arriver à définir, et encore moins à faire accepter, un cadre territorial concret. L’occitanisme restera du domaine du culturel. Le parcours politique du Carcassonnais René Nelli, surtout connu pour son œuvre culturelle, illustre toutes les limites et les ambiguïtés du mouvement occitaniste. Membre de la municipalité vichyste de Carcassonne pendant la guerre, il est cependant en relations avec des résistants, et à ce titre parfois perquisitionné par la police, et il écrit à la libération dans un journal communiste. Par la suite, il s’éloigne du PCF pour se rapprocher de la nouvelle gauche. Son journal n’évoque jamais les grands événements planétaires, face auxquels on aurait pu attendre un positionnement clair. Le goût culturel n'a finalement eu que peu d'incidence politique. Les articles à caractère prosopographique font, quant à eux, ressortir l’importance des enseignants dans le PSU, en particulier après mai 68. On a là une gauche intellectuelle qui revient dans le giron socialiste après le congrès d’Epinay.


Alors, la gauche fut-elle réinventée en Languedoc ? Certes pas, mais à lire ce recueil, une certaine sensibilisation à l'idée régionale a pu passer par là. Pour le reste, la région fut plutôt un réceptacle parmi d'autres d'idées et de luttes plus générales. 


Jean-Philippe Coullomb

mardi 5 juillet 2022

Bonnes vacances !!!

 L'APHG-LR souhaite d'excellentes vacances et un bel été à tous !

Qu'il permette à chacun de se ressources après une année éprouvante !



mercredi 22 juin 2022

Et un café virtuel pour clôturer l'année scolaire !

 L'APHG-LR en la personne de son président, Richard Vassakos, organise, le lundi 27 juin prochain à 18 h 30, un café virtuel avec M. Fernand Peloux, auteur d'un travail sur les premiers évêques du Languedoc.

L'inscription se fait à l'adresse habituelle :  aphg.languedoc@gmail.com