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vendredi 25 novembre 2016

Non à l’instrumentalisation de l’Histoire par les politiques ! Tribune de l’APHG

 

Non à l’instrumentalisation de l’Histoire par les politiques ! Tribune de l’APHG

 
Dans une tribune publiée par France info, l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG) répond au candidat à la primaire de la droite François Fillon, qui souhaite réécrire les programmes d’histoire comme « un récit national ».
Étrangement, à chaque campagne électorale, des candidats se penchent avec une dérangeante et inopportune sollicitude sur l’enseignement de l’histoire : programmes, méthodes pédagogiques font l’objet de déclarations à l’emporte-pièce, d’affirmations péremptoires, de références à un passé qui n’est plus d’actualité... d’autant plus malvenues que ces nouveaux procureurs n’ont la plupart du temps jamais lu les programmes (ceux de 2010 pas plus que ceux de 2015).
Cette méconnaissance profonde des questions enseignées, cette défiance permanente à l’égard de tous les professeurs d’histoire-géographie ignorent purement et simplement leur investissement auprès des élèves, le travail quotidien, les projets menés pour faire de nos disciplines une des clefs de la compréhension du monde. Former des citoyens nous oblige à l’objectivité et au développement du sens critique. Il est le premier rempart face aux prosélytismes de tous bords et aux entreprises de destruction d’une nation fondée sur la diversité, les principes qui nous rassemblent et l’adhésion à un projet commun.

Il n’y a que dans les États totalitaires et autoritaires qu’existe une histoire officielle, le plus souvent instrumentalisée à des fins politiques et idéologiques, quand elle n’est pas délibérément travestie et faussée.
La France, ses territoires, ses populations, ses régimes successifs, sont une construction progressive, un emboîtement de processus politiques, sociaux, économiques. Pas une création ex nihilo.
Enseigner son histoire, c’est toujours la relier au contexte général de chaque période, aux grands mouvements qui dépassent le seul cadre français. La France a certes une histoire mais n’est pas un isolat.
Nous avons à transmettre des savoirs structurés et clairs, afin de permettre à nos élèves de tous âges de se repérer dans le temps et l’espace, de comprendre les liens entre passé et présent.
L’historien fait œuvre d’honnêteté, de sincérité, d’humilité et de doute. Il réfléchit, archive, explore, recoupe, tâtonne avant d’écrire. L’histoire, comme la géographie, est une discipline scientifique.
On n’enseigne pas l’histoire en déformant les faits, en les présentant comme on aurait voulu qu’ils fussent. On enseigne une histoire « vraie » c’est-à-dire celle qui s’appuie sur les sources. Pas une histoire qui relèverait de l’invention ou du roman. Si récit il doit y avoir, il ne peut être que celui qui prend en compte tous les acteurs de cette histoire, et tous ses aspects, les moments où la France est du côté du progrès, comme celle des heures sombres. Apprendre le passé n’est pas le transformer.
Aucun professeur n’enseigne une histoire honteuse. Doit-on passer sous silence les parts d’ombre de notre histoire ? Aujourd’hui plus que jamais, notre métier réclame de la lucidité.
Nous laissons pour notre part la fiction aux romanciers, en demandant que l’histoire demeure de la compétence des historiens.
Pour le Bureau national de l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie,
Christine Guimonnet [1] et Hubert Tison [2]
Cette Tribune a été publiée le 25 novembre 2015 sur © France info ici

jeudi 21 janvier 2016

L'APHG-LR soutien et s'associe à la démarche des enseignants Biterrois mis en cause par le maire de Béziers dans la réponse publiée par Midi Libre dimanche 17 janvier.

L'APHG-LR soutien et s'associe à la démarche des enseignants Biterrois mis en cause par le maire de Béziers dans la réponse publiée par Midi Libre dimanche 17 janvier.


 
Voici le texte de la réponse.

Monsieur le Maire,

Aux titres de citoyens et professeurs d’histoire du lycée Jean Moulin, nous vous avons adressé un courrier la semaine dernière.
Cette lettre, dont le ton était parfaitement courtois, était simplement destinée à attirer votre attention sur le fait que nul ne peut s’approprier un héritage historique à des fins de récupération partisane.
Votre réponse à notre encontre est plus que virulente.
Elle met en cause notre légitimité, nous assimile à des « porteurs de valises » et laisse entendre que « la vraie histoire » ne serait pas enseignée par ceux dont c’est précisément la charge et la mission au sein de l’École, et dont les qualifications sont octroyées et vérifiées par l’Université et les concours de recrutement.
Ce faisant, elle nous paraît en réalité constituer une attaque violente contre l’Institution éducative.
Sans nous réclamer de telle ou telle prétendue « vision de l’Histoire », nous y développions une argumentation précise qui se fondait sur vos propos publics.
Ils nous semblent souligner une instrumentalisation répétée et clivante de l’Histoire, allant jusqu’à créer la polémique autour de la figure consensuelle de Jean Moulin, homme de rassemblement entré dans la mémoire collective française car incarnant la Résistance.
Nous tenons néanmoins à vous tranquilliser et à vous rassurer sur l’enseignement de notre discipline : nous nous situons à mille lieues de l’information spectacle qui fait régulièrement la une d’une certaine presse par les polémiques qu’elle suscite.
Aussi, nous employons-nous à établir dans nos classes un climat serein autour d’activités pédagogiques sérieuses et rigoureuses visant, dans le cadre des programmes officiels et sous la totalité de leurs aspects, à mettre à la disposition de tous les questionnements issus de la recherche historique. Cette démarche est la seule qui soit susceptible de favoriser une meilleure compréhension de l’Histoire, de nourrir l’esprit critique des citoyens, le tout dans une sereine neutralité et le respect de chacun, conformes aux principes de la laïcité.
Recevez, Monsieur le Maire, nos meilleures salutations.
Pétition en ligne
Les professeurs d’histoire :
  • des lycées Jean-Moulin et Henri IV de Béziers, Marc Bloch de Sérignan,
  • des collèges Jean Perrin, La Dullague et Katia & Maurice Kraft de Béziers
avec le soutien de :
  • L’APHG (Association des Professeurs d’histoire-géographie)
  • Les Clionautes (Association nationale d’historiens et de géographes)
  • Les universitaires et chercheurs

samedi 16 janvier 2016

Communiqué de soutien aux professeurs du lycée Jean Moulin de Béziers




La régionale Languedoc-Roussillon de l’Association des Professeurs d’Histoire et Géographie (APHG-LR) apporte son soutien plein et entier aux professeurs des lycées de Béziers signataires de la lettre demandant au maire de la ville de cesser d’instrumentaliser l’histoire et particulièrement la figure de Jean Moulin dans un sens idéologique et sans fondements scientifiques.

L’APHG-LR, émanation régionale d’une association républicaine plus que centenaire, soucieuse de la transmission des valeurs démocratiques et des Droit de l’Homme à travers un enseignement de qualité de l’histoire et de la géographie, ne peut que s’associer aux vœux des collègues du lycée Jean Moulin. (La lettre est reproduite ci-après)  Chaque jour, dans leurs classes, ils transmettent des savoirs objectifs scientifiquement établis et nul ne peut mettre en cause leur valeur et leur professionnalisme.

Pour l’APHG-LR,
Richard Vassakos, président de la régionale, Jean-Philippe Coullomb, membre du bureau, professeurs dans des lycées du Biterrois.

La lettre des professeurs
Monsieur le Maire,
En ce début de 2016, permettez-nous, tout d’abord, de vous adresser nos vœux de bonne année. Par votre intermédiaire, nous les souhaitons aussi à tous les Biterrois.
Professeurs d’histoire- géographie et d’éducation civique, nous constatons depuis bientôt deux ans au travers des publications du bulletin municipal ou des interventions médiatiques du premier édile de notre cité, un “certain” intérêt pour l’Histoire et le patrimoine. En tant que professeurs et pédagogues, nous devrions nous en féliciter. Hélas, l’instrumentalisation et le retricotage de l’Histoire à des fins strictement polémiques confinent désormais à une orientation idéologique telle qu’il nous a paru relever de notre devoir de citoyens d’exprimer publiquement notre désaccord. Précisément parce que nous sommes des professeurs profondément attachés à la rigueur de la démarche historique.
Alors, en ce début d’année 2016, permettez-nous, Monsieur le Maire, au nom de l’ensemble (1) des professeurs d’histoire-géographie du lycée Jean-Moulin, de vous adresser les trois vœux qui suivent en forme de requêtes. Le premier vœu sera celui de l’apaisement et de la sérénité. Parce qu’"ici, c’est Béziers" et que la situation nationale est déjà suffisamment tragique, les Biterrois ont, plus que jamais, un besoin impérieux de concorde et de confiance en l’avenir. Aussi, débaptiser un nom de rue pour rouvrir des plaies et raviver de vieilles rancœurs en faisant de Béziers la vitrine de la réhabilitation de l’OAS ou créer un raccourci historique inapproprié en référence implicite à la crise des migrants, "quand les Barbares envahissaient l’empire romain (2)", ne nous paraît pas concourir à l’établissement d’un climat serein au cœur de notre cité. De la même manière, ressusciter d’entre les morts les poilus biterrois dans un mauvais tour de spiritisme lors de la traditionnelle commémoration du 11-Novembre et leur prêter une interrogation sur ce qu’ils diraient "en voyant certaines rues de nos communes où le Français doit baisser la tête ? (3)" nous paraît relever d’une utilisation pour le moins abusive et peut-être indécente de l’histoire. Parce qu’"ici, c’est Béziers", ville méditerranéenne de tradition républicaine pétrie de tolérance, le deuxième vœu sera celui du rassemblement et de l’unité : rassembler plutôt que diviser. Ainsi, tenons-nous à rappeler, Monsieur le Maire, que l’organisation de manifestations religieuses dans un espace semi-public ne s’inscrit pas dans la tradition laïque garante de cohésion sociale et protectrice des libertés. Nous savons que Mairie et École sont deux piliers fondateurs de notre République laïque ; en ce qui nous concerne, nous sommes scrupuleusement attachés au respect des obligations de réserve et de neutralité qui nous incombent sur notre lieu de travail et dans notre enseignement. De même, se réclamer de Charles Martel - "Je veux retrouver notre France, celle de Charles Martel" -, ne peut, selon nous, contribuer à renforcer l’unité des Biterrois. Au sujet de cette dernière et bien malheureuse référence historique (4), il convient de rappeler qu’en son temps, ledit Charles Martel fut le plus grand spoliateur de l’Église et surtout le bourreau de notre cité qu’il mit à sac, pilla et incendia en 737 (5).
Enfin, le troisième et dernier vœu sera pour nous le plus cher : celui du respect de la mémoire. Parce qu’"ici, c’est Béziers", nous devons paix, respect et déférence à la mémoire de Jean Moulin, enfant de Béziers et unificateur de la Résistance française."Trop souvent, ceux qui nous attaquent se dissimulent derrière la figure de Jean Moulin. Ces gens-là sont des faussaires", twittait le premier magistrat, le 9 décembre dernier, mettant en garde ceux qui voudraient récupérer l’héritage du plus célèbre des Biterrois. Mais quelques heures plus tard, le même jour, le premier édile poursuivait dans un autre tweet : "Dimanche, au nom de Jean Moulin, au nom de la République, nous ferons barrage à la gauche (6)".
Nous rappellerons, Monsieur le Maire, qu’en son temps, Jean Moulin - dont le père était professeur d’histoire à Béziers - avait fait le choix lucide et courageux de ne pas se soumettre à une idéologie reposant sur l’exclusion, la division et la fascination malsaine pour un passé idéalisé. Homme de tolérance et de conviction, il avait su rassembler autour de lui et du général De Gaulle, les résistants de toutes obédiences et de toutes origines, refusant de transiger avec le régime collaborateur de Vichy, dictature antisémite, xénophobe, régime d’ordre et d’exclusion aux antipodes de la République et de ses valeurs. Nous n’avons pas la prétention d’être les dépositaires de la mémoire de Jean Moulin. Mais nous savons que si son cénotaphe se trouve au Panthéon, c’est parce qu’il était le visage de la France républicaine.
Alors, Monsieur le Maire, de grâce, précisément parce qu’"ici, c’est Béziers", les citoyens que nous sommes, professeurs d’histoire- géographie du lycée de votre ville qui porte cet illustre nom, font le vœu, à l’orée de cette année 2016, que vous cessiez de "torturer" la mémoire de Jean Moulin et que vous laissiez ses mânes reposer définitivement en paix. Recevez, Monsieur le Maire, nos meilleures salutations.
1. Citoyens-professeurs du LPO auxquels se sont joints d’anciens citoyens-professeurs d’histoire-géographie ayant enseigné au lycée Jean-Moulin de Béziers.
2. Tweet de R. Ménard du 23/11/2015 recommandant l’article du Figaro-Histoire.
3. Extrait du discours de M. le Maire lors de la commémoration du 11 novembre 2015 : "Ceux qui sont morts pour sauver la France de la victoire allemande, que diraient-ils en voyant certaines rues de nos communes où le Français doit baisser la tête ?"
4. Extrait du discours de R. Ménard lors du meeting de Marion Maréchal-Le Pen, à Toulon, le 1er décembre 2015. Nous faisons le vœu, Monsieur le Maire, qu’au regard du triste sort de Béziers en 737, vous cherchiez encore longtemps "la France de Charles Martel".
5. Henri Julia, Histoire de Béziers, Paris, Maillet, 1845, page 22, reprint Éditions de la Tour Gile, Péronnas, 1997 et dom Claude Devic et dom Joseph Vaissette, Histoire Générale du Languedoc, Tome 1, édition accompagnée de dissertations & notes nouvelles, Toulouse, Édouard Privat, 1872, page 807.
6.Tweet du 9/12/2015 lors du second tour des élections régionales

dimanche 7 juin 2015

L’HISTOIRE AU COLLÈGE EST LOIN DU PANTHÉON

 Bruno Benoît, Président de l'APHG

Au moment où sont peaufinés les derniers textes de la réforme pour les programmes d’Histoire des collèges, il y a un paradoxe à dénoncer. En effet, si l’Histoire occupe une place de premier plan dans la geste politique du gouvernement et de la présidence de la République, comme lors du discours du Panthéon, elle n’est qu’un parent pauvre dans la future réforme. D’un côté, l’Histoire est magnifiée, instrumentalisée, récupérée, de l’autre, elle est malmenée, marginalisée, négligée.

Le Forum sur l’Histoire, organisé par le Conseil supérieur des programmes (CSP), qui s’est tenu à la Sorbonne le 3 juin 2015 n’a, en rien, apporté des réponses au malaise ressenti par de nombreux collègues et aussi par des parents d’élèves, face à cette réforme plus imposée que discutée.

Être historien, ce n’est agir ni en procureur, ni en partisan, ni en moraliste, mais de travailler, selon la belle formule de Marc Bloch, tel un juge d’instruction, impartialement. L’Histoire dit comment les choses se sont passées, faire de l’Histoire c’est décoder les a priori. La mémoire n’est pas l’histoire, car elle est plurielle, c’est une source à laquelle l’histoire recourt et non un récit à prendre comme tel.

L’Histoire mérite mieux que le devenir que lui réserve la réforme. C’est une science sociale, qui créé du lien, de la citoyenneté, qui élève le pays, avec laquelle on peut espérer construire le nouveau récit national qui permettra à tous les jeunes de France, quelles que soient leurs origines et leurs confessions, de mieux vivre ensemble sur le même territoire. Si la réforme des programmes est au centre des débats qui animent la société, c’est parce que l’Histoire, tant celle des pages blanches que des pages noires, est une composante indispensable pour bâtir la communauté nationale du XXIe siècle.

Pour démêler l’écheveau complexe des événements, pour les remettre dans leur contexte, pour répondre aux questions des élèves, pour les intéresser, pour les faire travailler sur des textes ou des illustrations, pour pouvoir travailler en équipe, il faut du temps, donc des horaires décents, il faut de la liberté pédagogique, donc faire confiance aux enseignants, il faut leur permettre d’avoir des savoirs renouvelés donc leur offrir, sur fonds ministériels, une formation permanente de qualité. Enfin, il faut redonner plus de place au disciplinaire dans les concours de recrutement.

Il ne faut pas composer un programme avec des modules obligatoires et d’autres optionnels, ce qui créé de l’incohérence, car le professeur est en mesure de choisir et de composer sa démarche en fonction de son public et, en ayant à cœur, d’éviter de tronçonner l’Histoire, car l’Histoire, nationale et mondiale, a vocation à être traitée de façon globale.

Cette réforme, qui se veut novatrice dans son approche « curriculaire », est maladroite dans sa formulation des programmes et manque de moyens, elle appauvrit les disciplines et peut être à l’origine d’inégalités territoriales. Il est encore temps de l’améliorer.

Bruno BENOIT
Président de l’Association des professeurs d’Histoire et Géographie
Professeur d’Histoire contemporaine à l’Institut d’Études politiques de Lyon

dimanche 10 mai 2015

Editorial Historiens et géographes n°413 : Chat échaudé, craint l’eau froide

Chat échaudé, craint l’eau froide
Par Bruno Benoit [1]
Cher(e)s Collègues,
Une fois encore, n’en déplaise aux grincheux de toutes espèces, je vais tremper la plume de mon éditorial dans l’analyse sans concession de ce qui nous est annoncé, en provenance de la rue de Grenelle, pour les années à venir. L’APHG se refuse à être dans la critique systématique ; elle a su et sait reconnaître les réformes nécessaires, mais elle ne peut accepter que les professeurs d’Histoire et de Géographie ne soient dans un futur immédiat que des animateurs culturels ! Elle refuse que la Ministre puisse dire que la réforme se justifie parce que les élèves s’ennuient au collège. Nous vous invitons, Mme la Ministre, à venir très souvent dans nos classes et vous verrez que les classes d’Histoire et de Géographie sont des lieux de vie et non d’ennui !
Je vais donc placer mon éditorial sous le sceau de l’Extrême Vigilance en demandant le soutien de vous toutes et tous, cher(e)s collègues, car notre avenir en tant que professeur d’Histoire et de Géographie est bien en cause. Les médias et des sommités de la vie culturelle et politique montent au créneau, certes avec raison, pour s’élever contre la disparition des langues anciennes, de l’Allemand, voire des classes bi-langues ou encore européennes, mais personne, excepté l’APHG et quelques articles et interviews [2], ne s’émeuvent de ce que va devenir nos deux matières qui, est-il besoin de le rappeler, sont centrales dans l’acquisition de l’appartenance républicaine et d’une connaissance de territoires autres que le local où se situe l’établissement scolaire, c’est-à-dire deux matières constructrices de la personnalité citoyenne.
L’APHG se veut donc extrêmement vigilante, car ses membres sont des professeurs citoyens qui ont une mission, celle que la réussite à un concours national leur a donnée et ce, vis-à-vis des élèves qu’ils ont en charge, mission où sont associées approche scientifique et démarche pédagogique. L’APHG lutte pour une École de l’intelligence, de la tolérance, de l’ouverture sur les autres et sur le monde et non pour une École au rabais, créatrice d’inégalités et de discriminations.
Est-il nécessaire de rappeler, chers et chères collègues que l’APHG est VOTRE ASSOCIATION, qu’elle attend que vous fassiez remonter par notre site [3] vos propositions, vos commentaires, vos envies, vos expériences, vos colères. L’APHG vous représente et plus nous sommes nombreux, plus notre voix a de l’écho. Dites-le, faites le partager. [4] Je m’adresse à tous les responsables de notre association : organisez et continuez à organiser des journées de formation - comme celle qui vient d’avoir lieu à Paris le 28 mars 2015 organisée par le Bureau national sur la Laïcité [5] ou à St-Quentin début avril par trois Régionales [6] -, des réunions, des ateliers ; faites la promotion de l’AGORA d’Amiens en octobre 2016 [7] ; faites découvrir la Revue Historiens et Géographes [8] bref soyez actifs, réactifs à l’actualité, présents dans la société civile et extrêmement vigilants sur le plan professionnel en cette fin d’année scolaire qui prépare déjà celle qui vient.
Un printemps de réforme pouvant cacher un hiver professionnel, il est parfois nécessaire de hausser le ton face au brouhaha médiatique et à la ritournelle réformatrice agaçante. Certains trouvent que mes éditos sont « durs à avaler » et que j’oriente trop mes propos vers une critique systématique des programmes, des réformes et des représentants officiels de l’Éducation nationale. En revanche, d’autres pensent que l’APHG et son président cautionnent les changements qui nous sont imposés et que nous vivons tous au quotidien dans nos classes. Précisons les choses qui sont moins binaires. La place d’une association professionnelle dans le paysage politique, syndical, administratif français est une place étroite. L’APHG a conquis cette place depuis plusieurs décennies par sa réflexion, son travail et ses propositions et c’est pour cela que les autorités la consulte, maisJAMAIS l’APHG n’a été à l’origine des programmes, cette fois encore cela été vérifié ! Donc, l’APHG EST LIBRE, CAR ELLE NE DOIT RENDRE DE COMPTES QU’À SES MEMBRES, DE DONNER SON AVIS SUR LA RÉFORME DES COLLÈGES ET SUR D’AUTRES POINTS.

Pourquoi parler d’extrême vigilance ?

• La Ministre a bien répondu à mon courrier (cf. le site de l’APHG [9]) sur l’Enseignement moral et civique (EMC) en laissant entendre que les professeurs d’Histoire et de Géographie sont les plus à même d’enseigner cette matière à partir de l’année prochaine en collège. J’en ai pris bonne note et vous aussi. Cependant, soyons extrêmement vigilants dans nos établissements car deux lanceurs d’alerte doivent nous rester à l’esprit :
  • Les chefs d’établissement pour des raisons de variables d’ajustement d’emplois du temps peuvent très bien donner cet enseignement à d’autres collègues. À vous de vous faire entendre et de rappeler l’engagement de la Ministre.
  • Le recteur de Nancy, dans un courrier du 9 mars 2015 adressé aux chefs d’établissement et aux IA, a rappelé les horaires de l’EMC de 1 h/semaine en école primaire et de ½ h/semaine en collège et lycée. Il précise que les professeurs d’Histoire et de Géographie ont vocation, au collège, à prendre en charge cet enseignement, pour l’année scolaire 2015-2016, mais rien n’est dit pour après et pour le lycée !!!! Il faudra être extrêmement vigilant dans les années à venir.
• Les collègues de lycées professionnels ont de quoi être extrêmement vigilants, puisque l’épreuve ponctuelle de Français et d’Histoire et Géographie est transformée en CCF (contrôle en cours de formation), transformation voulue par le Ministère de l’Éducation nationale, mais connue par les professeurs via les éditeurs ! [10] À quand la suppression des mêmes épreuves au Bac pro sachant que l’épreuve ponctuelle était une excellente préparation à l’examen du Bac pro ? Les motifs sont ici nullement pédagogiques et ne relèvent que de critères économiques !!! L’APHG ne voudrait pas que l’Éducation nationale qui n’a pas de prix pour l’avenir de la nation soit victime de son soi-disant coût.
• Venons-en au collège, objet de toutes les attentions ministérielles et du CSP. Si l’APHG est satisfaite d’un programme en Histoire où la chronologie semble respectée, c’est parce que depuis longtemps elle défend en Histoire la chronologie, seul moyen de donner au temps passé sa cohérence. L’APHG apprécie – à condition que l’Inspection, le chef d’établissement ou une Fédération de parents d’élèves ne viennent pas critiquer les choix faits – cette liberté donnée à l’enseignant, car depuis des lustres elle la réclamait pour tous les professeurs, citoyens responsables et compétents, s’ils ont été recrutés à l’issue d’un concours national.
De son côté, l’APHG n’est pas restée inerte et a réfléchi, depuis longtemps dans sa Commission Collège sur comment enseigner au mieux nos deux matières. C’est pourquoi elle se permet de se montrer extrêmement vigilante face à ce qui est proposé [11] dans la réforme des collèges :
1- L’APHG s’élève contre la répartition portant sur les parties dites obligatoires et les parties dites optionnelles en Histoire. Sans être partisan, il est évident que la répartition de modules donnés comme obligatoires et d’autres comme optionnels a de quoi laissé pantois les collègues. Vous êtes officiellement libres… de faire les modules obligatoires !!!! Le programme d’Histoire est présenté chronologiquement, mais avec d’énormes trous !!!! Quant à la géographie, qui pose moins de problèmes sensibles, il faut éviter que de belles idées deviennent des sujets rébarbatifs - alors là oui l’élève s’ennuie ! - à force d’être rabâchés et que des territoires soient oubliés au profit d’autres considérés comme dominants.
2- L’APHG a toujours défendu des programmes nationaux, des examens nationaux, des recrutements et des concours nationaux. Avec ce qui est proposé par la réforme, il y a des risques de voir à terme et ce, relativement rapidement, l’enseignement se régionaliser, surtout avec les nouvelles grandes régions rectorales. L’APHG défend, par républicanisme, l’égalité des territoires afin que l’École diminue, et non accentue, 
les inégalités socio-spatiales.
3- L’APHG défend la dimension disciplinaire. Le Ministère ne peut pas proposer une réforme (elle mijote depuis trois ans) qui se veut ambitieuse et globale, si elle ne donne pas les moyens aux enseignants pour réussir cette réforme : moyens matériels, en horaire. Ne mettez pas en avant la modernité et la lutte contre l’ennui, quand le thème central est l’économie de moyens !!! Si toutes les matières, dont les nôtres, conservent leur attribution en heures, une partie (20% de celles-ci) est dévolue à des Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI), au nom de « nouvelles approches pédagogiques » qui, en réalité, ne sont pas nouvelles sur le fond, mais réactualisées quant au libellé ! Sur 2 heures et demie, soit 150 minutes, 30 minutes sont consacrées aux EPI ; il reste donc deux heures (et encore !) d’enseignement disciplinaire. Certes, dans les EPI, les professeurs peuvent travailler avec des collègues en trouvant des terrains communs, mais ceux-ci n’ont pas fait vraiment leur preuve quand ils existent et, de plus, ils demandent de gros investissements de la part des collègues sans retour de la part du Ministère. Au-delà de cette remarque, nous n’avons rien contre cette approche pédagogique, vantée par le Ministère, car depuis belle lurette elle est pratiquée par les collègues, membres ou non de l’APHG.
4- Quant au cycle 3 - CM1, CM2 et 6e -, les pages 38 à 43 du projet de programme pour le cycle 3 sont parues le 9 avril 2015. [12]Certes, il y a bien les compétences indiquées, un programme signalé, mais rien n’est dit sur les réalités (réunion, équipes, horaires, formation) de cette recherche de « meilleure transition entre l’école primaire et le collège ».

Voilà ce que l’APHG réclame et propose

1- Il faut obtenir du Ministère que ce soit le professeur ayant reçu une formation universitaire initiale suffisante - à ce propos, il faut que le Capes redevienne un véritable concours associant à parts égales questionnements scientifiques et approches didactiques - et une formation continue financée enfin par le Ministère et pas seulement organisée par l’APHG - qui décide, face à son public, ce qui est la meilleure progression dans ce qui est proposé, en trouvant une démarche logique, sans faire des choix partisans ou personnels, afin d’offrir aux élèves une approche complète de la trame chronologique qui correspond au niveau de classe. Ce qui est valable pour l’histoire doit l’être pour la géographie. Ces deux matières sont globales, elles ne peuvent se permettre de subir des lacunes liées à des modules facultatifs. Ceux-ci n’ont pas lieu d’être.
2- L’année prochaine doivent être mises en place des formations dans les différentes académies pour que les professeurs soient les plus à mêmes de maîtriser ce qu’ils enseignent et qu’ils trouvent la réflexion pour éviter une surcharge de travail difficilement acceptable.
3- Que le Ministère précise le rôle exact des IPR et des IG dans leurs rapports avec le corps professoral devenu plus libre dans sa démarche.
4- Il est nécessaire qu’avant la fin de l’année scolaire 2016-2017, année de la première mise en chantier de la réforme et ce, avant la mise en œuvre des programmes en classe de Quatrième, un bilan sérieux et une évaluation grandeur nationale doivent être entrepris par le Ministère pour la classe de cinquième. De notre côté, l’APHG lancera une enquête, comme elle l’a fait régulièrement. La dernière en date étant celle organisée après les attentats de janvier 2015 que beaucoup (médias, hommes politiques) ont repris. [13]
• Enfin même à l’Université, il faut être extrêmement vigilant. Une affaire, au sens fort du terme, vient d’avoir lieu à l’Université Paris 8 Saint-Denis. Un étudiant, en fin de thèse et ayant été considéré comme digne de soutenir celle-ci, s’est vu refuser brutalement la soutenance, quelques jours avant la date retenue, par la direction de l’école doctorale, au motif que des expressions étaient jugées inappropriées et qu’elles auraient pu susciter de l’émoi sur le campus ! Le sujet était « Hollywood : le prêtre et le nabab. Les relations de la religion avec le cinéma américain de 1934 aux années 2000 ». [14] Nous avons manifesté massivement le 11 janvier pour la liberté d’expression [15] et là, dans une Université française haut-lieu du savoir et de cette liberté, on ajourne sine die une soutenance de thèse. Inadmissible, seul le jury de soutenance était qualifié pour apprécier ce travail.
On ne peut pas faire des réformes qui se voudraient consensuelles et qui se veulent ambitieuses avec de faibles moyens. Mesdames et Messieurs qui nous gouvernent, arrêtez de nous imposer des réformes que vous présentez comme novatrices et bonnes pour les élèves. Nous les professeurs, en particulier les professeurs d’Histoire et de Géographie, nous n’ennuyons pas nos élèves, nous sommes porteurs d’innovations pédagogiques en permanence, nous répondons à leurs attentes, mais, si défendre un enseignement disciplinaire avec des horaires décents est considéré comme archaïque, et bien nous assumons à l’APHG ce qualificatif. Comme tous les enfants de France n’ont pas les moyens d’aller dans des établissements prestigieux et payants, comme ils n’ont pas davantage les moyens d’avoir une bibliothèque familiale et comme ils ne bénéficient pas d’un environnement culturel riche, il faut continuer à dispenser à tous les enfants de nos établissements scolaires républicains des savoirs disciplinaires. Je refuse au nom de tous mes collègues de devenir un animateur culturel, je suis un professeur !
La société civile a tout intérêt à défendre l’Histoire et Géographie, car sans elle la République est nue, la citoyenneté orpheline et la lutte contre les discriminations sans effet.
Bruno BENOIT
Président de l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG)
Professeur des universités à l’IEP de Lyon
Lyon, le 28 avril 2015
Tous droits réservés - Les services de la Rédaction de la revue Historiens & Géographes. Le 10 mai 2015.

vendredi 6 juin 2014

Disparition de Maurice Agulhon

Maurice Agulhon 
(1926-2014)Maurice Agulhon (1926-2014). (©ANDERSEN/SIPA)

Maurice Agulhon vient de mourir le 28 mai  à 87 ans. C’était un membre fidèle et éminent de l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie.  Nous lui rendrons hommage dans notre revue Historiens et Géographes.
Né à  Uzès dans le Gard le 20 décembre 1926 de parents instituteurs de confession protestante et de sensibilité de gauche, le jeune Maurice fit des études brillantes qui le conduisirent à l’ENS,  rue d’Ulm. Il consacra sa thèse sous la direction d’Ernest Labrousse à l’histoire de la République dans le Var. Sa thèse soutenue en 1969 porte sur  « Les origines de la traditionrépublicaine, un mouvement populaire au temps de 1848 ». Elle comporte trois volumes  Tome1 La République au village, tome2 La vie sociale en Provence intérieure, le tome3 Toulon, une ville ouvrière au temps du socialisme utopique.
Il fut professeur de lycée, puis détaché au CNRS, professeur des universités à Aix, puis à Paris 1, enfin professeur au Collège de France.
C’est l’historien de la sociabilité des symboles de la République, des Républiques,  en particulier de Marianne dont il suit l’évolution du buste jusqu’à nos jours (Marianne au combat, 1789-1880), Marianne au pouvoir(1880-1914), Les Métamorphoses de la Marianne, 2001). Homme de gauche, il s’intéresse au personnage du  général  Gaulle comme figure mythologique  et décrypte ses symboles, ses lieux, ses références historiques (De Gaulle, histoire et symbole, mythe, 2000). Ses synthèses sur 1848 ou l’apprentissage de la République (1848-1952), 1973 et La République de 1880 à nos jours, 1990  ont été et sont toujours  très utiles et très stimulantes.  
Président d’Honneur de La Société d’Histoire de 1848 et de la Société d’Etudes Jaurèsiennes, Maurice Agulhon s’était retiré dans son village natal dans la maison de sa mère, affaibli par la maladie. Il avait légué récemment à l’université d’Avignon sa bibliothèque.

A sa famille, ses proches amis, l’APHG  exprime sa vive sympathie.

dimanche 16 février 2014

Communiqué: Après les allègements, quelle refondation ?

Après les allègements, quelle refondation ?


1. Les informations.

- Le CSP (Conseil supérieur des programmes) a été mis en place en 2013 et est chargé de redéfinir les programmes.

- Le calendrier du changement des programmes : 2015 pour le niveau 5ème (repoussé en 2016 en raison du retard pris par le CSP ?), 2016 (ou 2017 ?) pour le niveau 4ème, 2017 (ou 2018 ?) pour les niveaux 3ème et 6ème.

- Mise en place du Conseil école collège pour développer les relations à l’intérieur du cycle 3 (CM1, CM2, 6ème ) ; il y a déjà des exemples d’expériences de liaisons école collège pour nos disciplines (travail en commun sur la leçon portant sur le christianisme entre professeurs des écoles et professeurs de collège de 6ème, sur le Monde romain). À noter que les professeurs des écoles ne passent plus une épreuve d’Histoire-Géographie au concours, qu’ils peuvent choisir entre plusieurs options dont l’Histoire Géographie et qu’ils n’ont que 12 heures de formation en Histoire et Géographie

- Les propos récents tenus par le président du CSP dans le cadre d’une interview au Café pédagogique semblent annoncer une évolution vers un système curriculaire où les compétences sont privilégiées par rapport au contenu.

- Le CSP prépare un texte sur « Qu’est-ce qu’un programme ? » qui devait donner un cadre général et les grandes orientations.

- La redéfinition du socle commun est prévue par le CSP dès avril ce qui donnera des orientations pour les programmes du collège selon le président du CSP. 

- À propos de l’Inspection générale et du CSP :
François Louveaux, doyen de l’Inspection générale d’Histoire-Géographie a adressé aux quatre associations de l’Enseignement Supérieur et à l’APHG une lettre datée du 7 février 2014 : 
« L’Inspection Générale n’est pas chargée de la réflexion sur les futurs programmes ; elle n’est pas consultée à ce stade, le travail va se faire au sein du CSP dont c’est la fonction. Il est possible, mais pas sûr à ce jour, que des inspecteurs généraux participent, intuitu personae aux travaux du CSP. Il est probable que l’Inspection sera ensuite consultée sur les projets du CSP, mais en aucun cas elle n’aura la responsabilité de ceux-ci et le CSP ne nous a pas sollicités pour donner un avis en amont. »
- À sa demande, l’APHG est reçue par M. Alain Boissinot, président du CSP, le mercredi 12 mars 2014.
2. Nos interrogations.

- Quel nouveau découpage des programmes ?
- Quelle articulation entre le CM2 et la 6ème ?
- Qui est susceptible d’intervenir en fin du cycle 3 (6ème) ?
- Quelle cohérence dans la coexistence de 2 programmes aux objectifs supposés différents ?
- Quelle est la place du collège dans les enseignements disciplinaires entre l’école primaire et le lycée ?

3. Nos fondamentaux.

L’APHG réaffirme son attachement à la liberté pédagogique dans le cadre d’un programme national avec une évaluation nationale et une égalité territoriale.

Le contenu de l’Histoire, de la Géographie et de l’Éducation Civique, participe d’une construction de la cohésion sociale qui est un élément essentiel de la cohésion nationale. C’est pourquoi, nous, professeurs d’histoire et de géographie, estimons être les mieux placés pour défendre les valeurs de la République dans le cadre d’une Éducation civique.

Nous défendons une approche chronologique, avec l’étude des 4 périodes historiques porteuse de repères essentiels, des repères et du vocabulaire géographiques (géographie physique, géographie humaine), une étude des espaces à plusieurs échelles et un contenu scientifique de qualité.

L’enseignement doit répondre aux besoins de nos élèves, qui ont beaucoup changé ; la transposition adaptée des recherches universitaires, la maîtrise des savoirs fondamentaux et structurants favorisent l’accès de tous à une culture ouverte et à l’acquisition d’un esprit critique.


Béatrice Louâpre-Sapir
Hubert Tison
Secrétaires Généraux de l’APHG