mardi 15 octobre 2013

Chronique d'Albert Montagne: Raymond Delambre, Le cinéma sur les cimaises.


Notre collègue Albert Montagne, spécialiste du cinéma et collaborateur régulier de la revue Historiens et Géographes, nous fait le plaisir d'inaugurer une chronique sur ce sujet pour le blog de l'APHG Languedoc-Roussillon.


Raymond Delambre, Le cinéma sur les cimaises, Ed. Cerf-Corlet, Coll. 7e Art, n° 145, août 2013, 290 p.
      
Raymond Delambre, enseignant de civilisation chinoise et spécialiste du cinéma asiatique - qui avait déjà publié en 2008 (toujours chez Cerf-Corlet) Ombres électriques : les cinémas chinois - présente un nouvel opus sur le cinéma vu hors les écrans mais exposé sur les murs : Le cinéma sur les cimaises (bien connues des festivaliers). Le Septième art est ainsi transfiguré. Sortant de la toile, il devient lui-même une œuvre d’Art, révélant la nature première des cinéastes. L’auteur nous offre ainsi un petit tour de monde des Temples du 7° Art. A l’heure où l’Eden Théâtre de Marseille, le plus ancien cinéma du monde, ressuscite etrenoue avec son faste de 1889, cet ouvrage est plus que jamais d’actualité. Le générique donne le ton : la dialectique d’un CSF (Cinéma sans frontières) pose le problème des frontières du cinéma, sans cesse bouleversées par les mutations techniques et économiques. Le cinéma nouveau est muséification. L'idée d'un musée permanent du cinéma est lancée en 1994 par Dominique Païni qui reprend Henri Langlois rêvant en 1949 d'un musée vivant du cinéma, alliant cinémathèque et musée du cinéma. Le musée du cinéma, mariant art contemporain et cinéma, devient salle d’exposition. Il s’ouvre au cinéma avec plus ou moins de bonheur, et, surtout, d’argent : Cinéma Henri Langlois à Paris, Musée Lumière à Lyon, Musée du Cinéma à Lotz, Musée du cinéma à Francfort, Musée de l’Image animée à N.Y., Musée national chinois à Pékin... (Chap. 1). Le cinéma aime s’exposer dans les monuments nationaux, lieux emblématiques forts d’une histoire, pour se valoriser. Ainsi, l’expo Monuments, stars du Septième Art, à la conciergerie, transforme les voûtes ancestrales en décors de cinéma (Chap. 2). Certains lieux prestigieux sont de sublimes musées éphémères du cinéma : le Centre Pompidou, la Fondation Cartier et le Palais de Tokyo (Chap. 3), le Grand palais des Champs Elysées (Chap. 4), la Pagode (Chap. 5), le Louxor (Chap. 6). Des CinémArtistes parachèvent ce tour du monde cinémuséal : Su-Mei Tse (Chap. 7) et Tsai Ming Liang (Chap. 8 et 9). En conclusion, Le cinéma sur les cimaises redéfinit le Septième art qui emplit les musées et les galeries, sans compter les cinémathèques.  Prolongeant l'indispensable Qu'est ce que le cinéma ? d'André Bazin, il érige un nouveau genre cinématographique : le ciné-cimaise, qui ouvre de nouvelles perspectives d'études.
Albert Montagne

Mobilisation sacrifice et citoyenneté, présentation de l'ouvrage de Pierre Purseigle à Béziers, 17 octobre 2013


 La Grande Guerre, au coeur des programmes de 3ème et de 1ère, est un sujet qui prend de plus plus d'envergure au fur et à mesure que l'on se rapproche du centenaire. Les collègues de la région de Béziers peuvent profiter ainsi profiter de la présentation d'un ouvrage qui aborde ce thème sous l'angle de l'histoire comparée.


Jeudi 17 octobre à 18h30 dans la librairie des sources
5, rue Trencavel (parking Madeleine) à Béziers
Rencontre avec Pierre Purseigle pour son nouvel ouvrage :
   
                                                    ”Mobilisation, sacrifice et citoyenneté - Angleterre France 1900/1918 "
                                                             
Cet ouvrage issu d'une thèse de doctorat s'appuie sur la comparaison entre deux villes moyennes, Béziers et Northampton, pendant la Première Guerre mondiale, pour étudier la notion de culture de guerre et la mobilisation nationale et sociale, sa logique et ses formes, en France et en Angleterre.
Né à Béziers en 1975, Pierre Purseigle est docteur en Histoire. Diplômé de l'Institut d'Études Politiques de Lyon, ancien élève de l'Université de Californie à Berkeley et de Pembroke Collège, Oxford. Après avoir enseigné l'histoire contemporaine aux universités de Toulouse, Oxford, Birmingham, et à l'Institut d'Études Politiques de Paris, il est aujourd'hui Associate Professor in Modern European History à l'Université de Warwick et Marie Curie Research Fellow à Yale University et Trinity College, Dublin. Fondateur et président de la Société Internationale d'Étude de la Grande Guerre, il dirige également la revue First World War Studies.

mercredi 2 octobre 2013

Calendrier des conférences et sorties de l’Association Archéologique des Pyrénées-Orientales

Notre collègue Franck Dory responsable de lAPHG pour les PO nous communique:

Calendrier des conférences et sorties de l’Association Archéologique des Pyrénées-Orientales

4e trimestre 2013 – 4e trimestre 2014
Les conférences et les sorties ont lieu le samedi, les conférences à l’université de Perpignan-via Domitia (UPVD) dans l’amphi Y, à 14h30

12 octobre : 1ère réunion de comptes-rendus de fouilles de l’année 2013 : Jérôme KOTARBA / INRAP (Les Cluses, lot. Clausurae, la voie domitienne à l’entrée de la Roma ; Riberal et terrasses, implantation du parc éolien catalan ; Font-Romeu-Odeillo, Castellas, site du Fer I, avec la coll. des chercheurs cerdans), Ingrid DUNYACH / GPVA
 ·         (Argelès, La Fajosa), Guillem CASTELLVI (inventaire des fortifications allemandes dans les P.-O.), ARESMAR (côtes de Port-Vendres et Collioure).
·         19 octobre : sortie en Vallespir (co-voiturage) : Amélie et Prats de Mollo avec Etienne ROUDIÉ et Oriol LLUIS GUAL.
·         16 novembre : 2e réunion de comptes-rendus de fouilles de l’année 2013 : archéologues du Pôle Archéologique Départemental (PAD CG 66) : Pauline ILLES (Prospection et inventaire des sites archéologiques de la plaine du Roussillon) ; Jérôme BENEZET (Recherches archéologiques sur le glacis de la ville de Collioure ; fouilles de la route nationale à Elne) ; Olivier PASSARRIUS (diagnostic de la Porte de Collioure à Elne ; fouilles des jardins du Palais des rois de Majorque ; sondages de la place du village de Pézilla-la-Rivière dans le cadre du PCR "Villages d'hier, villages d'aujourd'hui" ; La Bastide d'Olette).
·         23 novembre : sortie organisée avec l’ANR, en autocar, à Nîmes (exposition Au fil de l’épée : armes et guerriers en pays celte méditerranéen) et Lattes (exposition Voyage d’Ulysse).
·         14 décembre : Assemblée générale. Projection du film sur les fouilles du projet Enllaç, Voie verte, voie domitienne (sous réserve).

·         18 janvier : Martin GALINIER, Actualité des recherches sur le forum de Trajan (Rome), à l’occasion de son 1900e anniversaire (113-2013)
·         8 février : Frédéric LOPPE, Construire en terre en Lauraguais durant le Guerre de Cent Ans
·         22 mars : Franck DORY, Saint Romain en Gal-Vienne, carrefour de routes antiques
·         5 avril : André CONSTANT, Habitat rupestre et regroupement de l’habitat médiéval en Provence
·         9-10 jours fin avril-mai (durant vacances de printemps) : voyage en Roumanie : de la Dacie antique à la Roumanie d’aujourd’hui. Accompagnement de Leonard VELCESCU.
·         17 mai : Robert BEGOUEN, La grotte des Trois Frères (Ariège)
·         14 juin : sortie à définir

Conférence: Les états de Languedoc et les diocèses de Nîmes, Uzès et Alès


Les états de Languedoc et les diocèses de Nîmes, Uzès et Alès.
Samedi 5 octobre 2013 à 14 h.
Centre Pablo Neruda (auditorium, 2e étage)

Province d’états sous l’Ancien Régime, le Languedoc bénéficiait d’une représentation défendant ses libertés – et ses privilèges – sur le plan fiscal en particulier, et contribuant à l’aménagement du territoire (routes et ponts ; ports et canaux…).
Au XVIIIe siècle, les diocèses de Nîmes, Uzès et Alès y déléguaient leurs évêques, barons et députés du tiers état (consuls des principales villes, syndics…). S’ils soutenaient leurs intérêts propres, ils apportaient
leur concours aux projets provinciaux et étatiques : assèchement des marais, canal de Beaucaire à Sète, création de manufactures… Pouvons-nous parler de dialogue en leur sein, et au profit de qui in fine ? La «monarchie participative » est-elle une réalité, et quelles en sont les limites ?

Directeur de recherche émérite au CNRS, Élie Pélaquier a enseigné à l’université Paul Valéry de Montpellier ; il a réalisé, dernièrement, un Atlas historique de la province de Languedoc.
Stéphane Durand est professeur à l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse ; ses travaux portent sur la gestion des villes, les élites et les assemblées provinciales. Il a coordonné, en 2012, le n° 23 de la revue Liame consacré aux assemblées représentatives.

Tous deux ont participé, avec A. Jouanna, H. Michel et J.-P. Donnadieu, à la construction d’une base de données des délibérations des états de Languedoc. Une vaste synthèse de ce travail doit paraître en
2014 aux éditions Droz de Genève.

vendredi 30 août 2013

Trois émissions de la Fabrique de l'histoire traitant du Languedoc-Roussillon



Trois émissions de la Fabrique de l'histoire consacrées à notre région: des ressources pour l'histoire contemporaine




L’île antérieure - Un documentaire de Séverine Liatard et Véronique Samouiloff

http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-documentaires-l-ile-anterieure-rediffusion-de-l-emission-du-5-jui


Posée au milieu de l’étang de Bages-Sigean près de Port-la-Nouvelle, la Nadière est un îlot minuscule de 5000 mètres carrés. Une vingtaine de familles commencent à s’y s’installer de manière permanente au milieu du XIXème siècle parce que l’île est située dans un lieu particulièrement poissonneux : anguilles, loups, daurades, soles, muges y vivent … Rapidement la pêche s’y organise collectivement : des barrages sont posés et les eaux partagées.
Dans cet espace restreint, sans eau douce et sans terre disponible pour cultiver le moindre jardin, les familles vivent dans la promiscuité tout en restant en contact permanent avec le continent. La vie y est rude, l’hiver surtout, avec le froid et les inondations et les femmes, semblent prisonnières sur ce morceau de terre qu’elles ne quittent que pour vendre le poisson à la Nouvelle et ramener les commissions.
Désertée durant la seconde guerre mondiale, l’île devient peu à peu  le symbole de la terre originelle, une invitation au rêve, vestige d’un temps passé idéalisé.
Divers projets de valorisation patrimoniale ont vu le jour, beaucoup ont échoué. Récemment, le Parc naturel régional de la Narbonnaise en méditerranée a publié un carnet sur l’histoire et la mémoire de l’île accompagné d’un film documentaire dans le but de sensibiliser les collectivités locales à leurs spécificités culturelles.
Aujourd’hui laissé à l’abandon, l’île retrouve son état antérieur.


La Nadière S. LIATARD © RADIO FRANCE


Avec Francis Gaubert (ancien pêcheur de la Nadière) ; Gérald Mulet (petit-fils de pêcheur de la Nadière) ; Claire Mourrut etJean-Pierre Raynaud (frère et sœur, enfants de la Nadière) ;Josyane Guizard (fille et petite fille d’une famille de la Nadière) ; Christiane Amiel (anthropologue) et Anne Laurent(historienne).














Histoire de l'eau au XXème siècle 2/4

22.05.2012


Un canal nommé Lamour

Un documentaire de Stéphane Bonnefoi, réalisé par Séverine Cassar

Prise de son Yann Fressy



Bellegarde © RADIO FRANCE



Philippe Lamour 
En février 1955, Philippe Lamour arrache des mains de Pierre Mendès-France, le jour de sa démission de la présidence du Conseil et sur le capot de sa voiture, la signature du décret instituant la création de la Compagnie nationale d’aménagement de la région du Bas-Rhône Languedoc (CNABRL).
C’est la fin du premier acte d’un combat vieux de dix ans pour Philippe Lamour, né dans le Nord en 1903 et arrivé par accident dans le Gard, sur la rive droite du Rhône, au cours de l’occupation.
Grâce à cette signature, le visionnaire Lamour va offrir un nouvel essor à sa région d’adoption, un Languedoc aride et peu industrialisé, soumis à une viticulture en perte de vitesse au sortir de la guerre. Son projet s’inspire de l’aménagement hydrologique de la Vallée du Tennessee, mené dans les années 30 aux Etats-Unis : la Tennessee Valley Authority (TVA).
Soit un vaste réseau d’irrigation (canaux, barrages) qui conduirait l’eau du Rhône à travers trois départements (le Gard, l’Hérault et l’Aude), permettant ainsi le développement d’une agriculture diversifiée. Le canal du Bas-Rhône, fruit du premier plan de modernisation de Jean Monnet, voit le jour au tout début des années soixante et la Costière gardoise, aux portes de Nîmes, ne tarde pas à s’imposer comme l’un des grands plateaux arboricoles européens grâce, notamment, à l’arrivée et au savoir-faire des rapatriés d’Algérie.
Mais l’eau ne servira pas qu’à des fins agricoles. Les centaines de kilomètres de réseaux du canal vont permettre au gouvernement Pompidou, dès 1963, de s’attaquer à l’aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon.
Près de 60 ans après sa création, la compagnie du Bas-Rhône Languedoc (BRL), après bien des déboires, est devenue un acteur international de l’aménagement hydraulique. Société d’économie mixte locale (SEML) aux mains de la région Languedoc-Roussillon, elle ne saurait toutefois négliger sa vocation première face à l’afflux de nouvelles populations venues profiter du soleil méditerranéen.
Le projet Aqua Domitia vise aujourd’hui à conduire l’eau du Rhône jusqu’aux confins de l’Aude, et pourquoi pas prochainement, jusqu’aux Pyrénées… Le canal, souvent décrié pour son envergure démesurée, trouvera t-il demain une nouvelle raison d’être dans cette région où l’agriculture perd chaque jour des exploitants ?
En creux, se dessine au fil de ce documentaire, le portrait d’un homme gouverné par l’amour de la liberté et de la modernité, n’ayant jamais succombé aux sirènes de la vie politique. Philippe Lamour est considéré à bien des égards comme l’un des pères (oubliés) de l’aménagement du territoire en France, et dont ce cher Languedoc aura été le précieux laboratoire.

Avec Jean-Robert Pitte, géographe et biographe de Philippe Lamour, Dominique Granier, président de la chambre d’agriculture du Gard, Catherine Lamour, fille de Philippe, Damien Allary, président du conseil d’administration de BRL,Jean-François Blanchet, directeur de BRL et Roger Gassier, agriculteur sur la Costière à Caissargues (Gard), ancien rapatrié d’Algérie.

Le canal du Bas-Rhône et Philippe Lamour, une histoire commune :
* 1903 : Naissance de Philippe Lamour à Landrecies (Nord)
* 1923 : Avocat, il plaide notamment dans le cadre des affaires Seznec et Stavisky
* 1931 : Création de la revue d’avant-garde Plans, à laquelle collaborent notamment Le Corbusier et Fernand Léger.
* 1934 : Publication de son premier roman (« Un dur ») avec son ami, l’avocat André Cayatte.
* 1942 : Installation au mas Saint-Louis la Perdrix à Bellegarde, entre Nîmes et Arles.
* 1946 : Création de la Commission du Bas-Rhône. Visite de l’aménagement hydraulique de la Tennessee Valley (USA).
* 1947 – 1954 : Secrétaire générale de la Confédération générale de l’Agriculture (CGA)
* 1955 : Création de la Compagnie nationale d’aménagement de la région du Bas-Rhône et du Languedoc (CNARBRL, 1ère Société d’aménagement régional française) dont il sera le président jusqu’en 1974.
* 1956 : L’Etat autorise la compagnie à prélever jusqu’à 75 m3/s dans le Rhône pour alimenter les communes du Bas-Rhône et du Languedoc.
* 1957 : Avril, les travaux du canal s’ouvrent à Saint-Gilles (Gard). Au total, ils dureront dix années.
* 1960 : 26 février, inauguration de la station de pompage de Pichegu à Bellegarde, rebaptisée plus tard Aristide Dumont, par le général de Gaulle. Mars : visite de Nikita Khroutchev, président de l’U.R.S.S.
* 1961 : La concession attribuée par l’Etat à BRL est élargie pour permettre l’irrigation, grâce à un système de barrages, des plaines autour de Béziers et du littoral audois. A la fin des années 60, construction du barrage du Salagou, puis des Olivettes (Hérault) au milieu des années 80.
* 1963 : Février, création de la Commission nationale d’aménagement du territoire dont Philippe Lamour est nommé président. Juin : création de la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (Datar). Naissance de la mission Racine (aménagement touristique du littoral du Languedoc-Roussillon).
* 1965 -1983 : Philippe Lamour est maire de Ceillac (Hautes-Alpes).
* 1974 : Président du Conseil économique et social de la région Languedoc-Roussillon. Il fut aussi, notamment, président du comité des experts de la FAO (Nations Unies) et de l’ANDAFAR (Association nationale pour le développement de l’aménagement foncier agricole et rural).
* 1977 : Président fondateur du Parc du Queyras.
* 1980 : Publication de son récit autobiographique « Le cadran solaire ».
* 1989 : Publication d’un article dans Le Monde : « TGV et voie d’eau : même combat ».
* 1992 : Mort de Philippe Lamour.
* 2005 : Lancement du projet « Aqua domitia », qui prolonge l’œuvre de Philippe Lamour (réseau enterré) jusqu’à Narbonne.

Biblio :
- Jean-Robert Pitte "Philippe Lamour" (éd. Fayard)
- Jean-Louis Loubet del Bayle "Les non-conformistes des années 30" (éd. Seuil)
- Philippe Lamour, "60 millions de Français" (éd. Buchet/ Chastel)
- Philippe Lamour, "Le Cadran solaire",  (rééd. Presses du Languedoc)
- Philippe Lamour, "Les Quatre vérités" (éd. Robert Laffont)

Histoire du village 2/4
Le mystérieux kibboutz de Pardailhan

Un documentaire de Séverine Liatard et Séverine Cassar

http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-histoire-du-village-24-2012-12-11
http://www.franceculture.fr/souvenirs-du-kibboutz-de-pardailhan
 
Au début des années 1960, un groupe de 80 Parisiens décide de faire renaître un village abandonné de l'Hérault pour y fonder un kibboutz. Ils s’installent à Pardailhan situé sur un plateau à 50 km de Béziers. La terre y est caillouteuse et le climat parfois rude. Vincent Thibout qui a visité Israël et séjourné deux ans dans un kibboutz parvient à convaincre ces familles du onzième arrondissement de Paris de transposer l'expérience collective israélienne en France. Ils quittent leur travail, vendent leurs biens pour fonder une communauté agricole égalitaire sans argent où chacun "travaille selon ses possibilités et obtient selon ses besoins". L'Assemblée générale décide de tout. Cette petite république est cimentée par une croyance qui mélange à la fois le jansénisme, le sionisme, le judaïsme et le socialisme.
Avec beaucoup de mal, ils parviennent notamment à cultiver des pommes de terre et élever un gigantesque poulailler. Les femmes se mettent à travailler pour une usine de confection à Paris et les hommes se font employer dans des petites industries de la région.
L'expérience s'achève au bout de trois ans. Les uns et les autres repartent avec semble-t-il un sentiment d'échec après avoir soldé leurs dettes. Aujourd'hui, les adultes ou les enfants de cette communauté avant « le temps des communautés » refusent de témoigner de ce passé.
En revanche, des habitants de Pardailhan d'hier et d'aujourd'hui - l'ancienne institutrice du kibboutz, le journaliste duMonde qui s'était rendu sur place à l'époque et Claude Gutmann, aujourd'hui écrivain, qui a fait un aller retour au kibboutz avec son père à l'âge de 15 ans - se souviennent  de cette étrange communauté de Parisiens.


Avec les témoignages de Maurice Cauquil, Simone Fraisse, Maryvette et Elyan Robert, Pierre Donnadieu, Yves Casseville, Eva Faerber et Claude Shultz, Daniel Gerson et Claude Gutman


Hommage au professeur Charles-Olivier Carbonell (Paru dans Historiens et Géographes n°423 juillet-août 2013


Hommage au professeur Charles-Olivier Carbonell
(Pézenas, le 20 avril 1930 – Montpellier, le 2 janvier 2013)



C’est un fidèle adhérent de l’APHG qui nous as quittés. Charles -Olivier Carbonnell nous était
familier par les ouvrages de lycée qu’il avait rédigés dans la collection Delagrave, par son
soutien sans failles à l’APHG, par sa participation à une didactique fondée sur des recherches
scientifiques, par sa passion pour l’analyse comparée des manuels scolaires, par ses efforts pour
bâtir une histoire européenne et son projet de manuel pour les élèves européens en particulier
sur l’Histoire de l’Europe. Deux de ses collègues Christian Amalvi et Carol Iancu lui rendent
hommage.

Charles-Olivier Carbonell a passé son adolescence hors de la métropole, suivant son
père, professeur de philosophie, dans ses différentes affectations : à Istanbul, puis à Sétif et à
Philippeville en Algérie. Rentré en France en 1947, il poursuit des études d’histoire au lycée Pierre
de Fermat et à la faculté des lettres de Toulouse jusqu’au CAPES, obtenu en 1953. Agrégé
d’histoire, il est nommé professeur d’histoire au lycée Pierre de Fermat puis entre dans
l’enseignement supérieur, en devenant, de 1961 à 1967, l’assistant de Jacques Godechot, doyen de
la faculté des lettres de Toulouse, puis maître-assistant à l’Université de Toulouse-le-Mirail, enfin, à
partir de 1978, maître de conférences, puis professeur, jusqu’à sa retraite en 1998, à l’Université
Paul-Valéry- Montpellier-III. Son œuvre très variée s’oriente dans quatre directions : la didactique
de l’histoire ; la mythographie politique ; l’historiographie ; l’histoire de l’Europe.
Spécialiste des manuels scolaires, il l’est à double titre. D’abord, comme co-auteur,
avec son collègue toulousain, Jean Sentou, d’un manuel pour la classe de terminale, Le Monde
contemporain, publié, en 1962, chez Delagrave, qui rencontra un grand succès. Par la suite, il s’est
intéressé à la production des manuels scolaires et à leurs auteurs, présidant par exemple à
Montpellier, en 1983, le colloque « Jules Isaac, un pédagogue pour notre temps », organisé par
l’association des Amis de Jules Isaac, puis intervenant dans les colloques organisés par Pierre
Boutan et le regretté Pierre Guibbert à l’IUFM de Montpellier.
Ses cours donnés à l’IEP de Toulouse de 1962 à 1992, ont nourri des recherches de
Mythographie, qui ont débouché sur deux publications originales qu’il a dirigées : le Message
politique et social de la bande dessinée en 1975, et, en 1991, en collaboration avec Jean Rives,
Mythes et politique.
L’apport scientifique le plus considérable de Charles-Olivier Carbonell relève surtout
de l’historiographie, dont, avec Pierre Nora, il invente probablement le territoire. Délaissant
volontairement les chefs-d’œuvre et les génies de la période romantique – Michelet, Guizot,
Lamartine, Tocqueville, et les autres – il s’efforce de replacer tous les discours historiques dans le
contexte politique, culturel, religieux dans lequel ils ont été tenus et de mesurer leur impact dans la
communauté scientifique et le grand public sans jamais se soucier ni de leur dimension littéraire, ni
du sort que la postérité leur a, à tort ou à raison, réservé. Dans cette perspective neuve, qui
privilégie la production de l’histoire au détriment de la réputation de son auteur, il est sans doute un
des premiers à tenter de définir, en sociologue, dans sa thèse pionnière Histoire et historiens : 1865-
1885, publiée en 1976, chez Privat à Toulouse, ce qu’est vraiment le métier d’historien de Fustel de
Coulanges à Ernest Lavisse, « moment » qui correspond au passage crucial de l’âge héroïque des
études historiques à leur organisation administrative sous la Troisième République. Un autre de sesouvrages témoigne de ce changement de regard sur la condition et le métier d’historien qu’il a
initié. L’Autre Champollion, publié aux Presses de l’IEP de Toulouse en 1984, s’intéresse, non pas à
Jean-François Champollion (1790-1832), le génial déchiffreur des hiéroglyphes, mais à son frère
aîné, Jacques-Joseph Champollion-Figeac (1778-1867), érudit laborieux certes, mais qui a joué un
rôle de premier plan, entre 1830 et 1848, dans l’organisation des études historiques.
A partir des années 1990, l’Europe est devenue, sous l’influence de sa seconde
épouse Jocelyne Bonnet, professeur d’Ethnologie à l’ Université Paul-Valéry-Montpellier-III, le lieu
de convergence des recherches antérieurement conduites en didactique, en mythographie et en
historiographie. Entré, en 1991, dans le réseau Eurethno, créé en 1988 à Strasbourg, sous le
patronage du Conseil de l’Europe, il participe à de nombreuses rencontres internationales, dont le fil
rouge est une réflexion de portée à la fois épistémologique, historiographique et anthropologique
autour des éléments fondateurs de l’identité européenne, notamment celle de Montpellier, en 1992,
« Identités de l’Europe, Identité de l’Europe. Sources et méthode ». Cette attention portée à une
définition pluridisciplinaire de l’Europe débouche sur la publication, chez Privat, en 1999, d’une
Histoire européenne de l’Europe en deux volumes, que Charles-Olivier Carbonell dirige et où le
continent européen est davantage défini par ses traits constitutifs culturels forgés au cours des
siècles que par ses caractères géographiques. Cet ouvrage a été traduit en roumain et publié aux
éditions de l’Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca.
Professeur invité en Russie (Moscou), au Brésil (Sao Polo et Curitiba) et en Chine
(Chengdu), il a contribué à y faire rayonner les acquis de l’école historiographique française, ainsi
que lors des réunions scientifiques, dans leurs pays d’origine, avec des universitaires allemands,
belges, italiens, polonais, roumains, grecs, bulgares, etc.
Au-delà de la diversité d’une œuvre dense, il nous laisse en héritage une méthode, exprimée
en conclusion de sa thèse, qui reste toujours d’ actualité pour comprendre les conditions qui
rendent possible l’exercice de la profession de chercheur : « Le singulier se décompose en pluriel. Il
n’y a pas de moment, mais une période, de héros, mais un groupe, d’ouvrage génial, mais une
production. Le pluriel d’histoire et d’historiens est un pluriel exigeant. Au terme de l’effort qui en
sonde la richesse, il témoigne d’une singularité essentielle, celle de l’homme ».
S’il a réussi à ressusciter avec tant d’aisance le passé, c’est qu’il lui a été toujours présent. Il
aimait cette phrase du philosophe italien Benedetto Croce : « Toute histoire est histoire
contemporaine ».
Cependant le souvenir principal que nous conserverons du professeur Charles-Olivier
Carbonell, nous ses collègues et ses amis, c’est moins celui de ses ouvrages, même si, sur le plan
méthodologique, ils ont beaucoup compté pour nous, que celui de son charisme personnel, de son
rayonnement humain, de sa générosité permanente. Par sa disponibilité souriante aussi bien envers
ses collègues universitaires qu’à l’égard de ses nombreux étudiants, qu’il captivait par son aptitude
à rendre vivantes les théories politiques les plus abstraites, en ayant recours, en bon méridional qu’il
était, aux métaphores sportives, il fut toujours l’antithèse absolue du mandarin rigide, inaccessible
et arrogant. Sa vie illustre parfaitement ce que souligne notre collègue Françoise Waquet dans son
beau livre, Les Enfants de Socrate, paru chez Albin Michel en 2008 : à l’Université et dans le
monde de la recherche scientifique, les relations nouées entre un maître ses collègues et ses
disciples ne relèvent pas toujours des rapports de force, mais peuvent être aussi des liens pleins de
confiance et d’amitié. Grâce au comportement humain et cordial, de Charles-Olivier Carbonell, les
auteurs de cette notice peuvent en témoigner avec une infinie reconnaissance.

Christian Amalvi & Carol Iancu, Université Paul-Valéry – Montpellier-III.

Parmi ses nombreuses publications, citons :
1. L’historiographie : Histoire et historiens, une mutation idéologique des historiens français
(1865-1885), Toulouse, Privat, 1976 ; L’Historiographie du catharisme (dir.), Toulouse, Privat,
Cahiers de Fanjeaux, vol. 14, 1979 ; L’Historiographie, Paris, PUF, 1982, Que sais-je ? nouv.éd., 1998 ; Les Sciences historiques d’Hérodote à nos jours, Paris, Larousse, 1994.
2. La Mythographie politique : Le Grand octobre russe, Paris, Le Centurion, 1967 ; Mythes et
politique (dir.), Toulouse, Presses de l’IEP de Toulouse, 1991.
3. La didactique de l’histoire. Trois manuels pour les classes de Première et de Terminale,
publiés chez Delagrave : Le Monde contemporain (1962, huit éditions jusqu’en 1980) ; Hier, le
monde (1982) ; Naissance du monde contemporain (1988). Trois ouvrages destinés aux
étudiants : La civilisation britannique, avec J. Costa et S. Halimi, Paris, PUF, 1980 ; Les grandes
dates du XXe siècle, Paris, PUF, 1987 Que sais-je ? 3e
 éd°., 1994 ; Dictionnaire des biographies,
t. 6 : le XXe siècle (en collaboration), Paris, A. Colin, 1992.
4. L’Europe : Une histoire européenne de l’Europe (dir.), Toulouse, Privat, 1999, 2 vol.
*
A paraître dans Historiens et Géographes , n°423 juillet-Août 2013
Tous droits réservés

dimanche 30 juin 2013

Sujets d’Histoire-Géographie-Education civique 2013: « Plus jamais çà ! »

Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG)

Sujets d’Histoire-Géographie-Education civique 2013: « Plus jamais çà ! »

Réaction et analyse de l’APHG à propos du Diplôme National du Brevet (DNB)

L’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG) a pris connaissance des
sujets scandaleux du Diplôme national du Brevet (DNB) de la session de juin 2013 en
France métropolitaine, et des réactions indignées des professeurs d’Histoire-GéographieEducation civique, comme de nombreux élèves et parents d’élèves.

De nouveau, comme avec les sujets du Baccalauréat général, les leçons de fin de programme
ont été privilégiées. Est-ce la volonté de mettre au pas un corps professoral qui n’a eu de
cesse de dénoncer la lourdeur des nouveaux programmes ? En voulant contraindre les
enseignants à une véritable course contre la montre pour terminer des programmes infaisables,
ce ne sont pas les professeurs qui sont sanctionnés, mais les élèves qui sont punis. Les
questions posées, abordées en fin d’année scolaire, au pas de charge et pour la première fois,
n’ont pas pu bénéficier d’évaluations et de remédiations, susceptibles de réduire les écarts
entre les élèves. Nous sommes inquiets devant la grande difficulté à laquelle seront
confrontés, dès le lundi 1er juillet, les correcteurs de tels sujets.

L’APHG relève un manque de clarté de certains intitulés et des incohérences entre les
programmes de 2008 et les consignes du DNB de 2012, de nature à déstabiliser les élèves et
à provoquer des interrogations chez les professeurs. Nous demandons que soient évités les
pièges dans les formulations des sujets, dans l’intérêt de tous. 

Ainsi, en respectant les textes officiels, la question longue en Histoire aurait dû porter sur
l’ensemble des crises de la Guerre froide. Dans la plupart des manuels, la guerre de Corée
n’est qu’à peine évoquée. Un élève moyen de Troisième ne disposait pas de la matière
suffisante pour rédiger sérieusement un développement structuré. En Géographie, c’est
l’écriture de l’ensemble du sujet qui pose problème, comme le choix contestable des
documents (le fond de carte et le tableau statistique sont peu convaincants). Il conviendrait
d’éviter de donner aux candidats des documents de piètre qualité d’impression, comme en
Education civique. Les intitulés de certaines questions invitent davantage à la récitation qu’à une véritable
réflexion des élèves.

Enfin, les documents proposés sont, pour l’essentiel, de nature journalistique et même
publicitaire, tirés d’Internet, avec une question en Education civique sur la reconnaissance
par les élèves des symboles des réseaux sociaux ! Ceci pose la question du statut de
l’Histoire, de la Géographie et de l’Education civique comme disciplines scientifiques à
l’Ecole, fondées sur l’étude des sources originales.

L’APHG demande avec insistance une refonte du DNB dès l’année prochaine. Il doit
reposer sur des programmes allégés immédiatement et, à terme, révisés. Nous
recommandons une nouvelle écriture de l’épreuve d’Histoire-Géographie-Education civique
du DNB. L’APHG, qui défend la parité entre nos disciplines, demande pour la question
longue, à la fois en Histoire et en Géographie, qu’il y ait le choix entre deux sujets. La
formulation des consignes doit veiller à favoriser la réflexion et l’éveil critique des élèves, qui
sont les citoyens de demain.

Pour l’APHG, l’Histoire, la Géographie et l’Education civique doivent redevenir des
priorités de l’Education nationale, à tous les niveaux d’enseignement. Les professeurs de
ces disciplines, soucieux de valoriser avec bienveillance le travail effectué tout au long du
collège par leurs élèves, exigent un examen national avec des épreuves à la fois faisables et
ambitieuses, qui permettent une réelle égalité des chances et un accès de tous à une
culture générale solide.
Fait à Paris, le 29 juin 2013
Le Secrétariat général de l’APHG (Béatrice Louapre-Sapir et Hubert Tison)