mercredi 19 novembre 2014

La Chronique cinéma et histoire d'Albert Montagne: Sébastien Roffat

Sébastien Roffat

Histoire du dessin animé français entre 1936 et 1940. Une politique culturelle d’Etat ? Préface d’Hervé Joubert-Laurencin, Coll. Cinémas d’animations, L’Harmattan, septembre 2014, 360 p., 37 €.
Histoire politique et économique du dessin animé français sous l’Occupation (1940-1944), Un âge d’or ?, tome 2. Préface de Laurent Creton et Jean-Pierre Bertin-Maghit, Coll. Cinémas d’animations, L’harmattan, juillet 2014, 330 p., 34 €.
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Les Histoire du cinéma français sont plurielles : Chirat (1989), Jeancolas (1995),  Beylie (2000), Prédal (2013)..., celle de Roffat (2014), sous l’angle du dessin animé, va faire date. Ses deux ouvrages, rappelant la somme de Paul Leglise, Histoire de la politique du cinéma français, avec Le cinéma et la Troisième République et Entre deux Républiques (1940-1946)(Filméditions Lherminier, 1969 et 1977), précédent deux autres tomes à venir et annoncent une monumentale "Histoire politique du cinéma d’animation français"Ce travail, croisant histoires culturelle, institutionnelle, politique, économique et esthétique, est issu de L’émergence d’une école française du dessin animé sous l’Occupation (1940-1944) ?, thèse soutenue en 2012 à la Sorbonne nouvelle - avec comme jury, Catherine Velay-Vallantin, Laurent Creton, Sébastien Denis, Hervé Joubert-Laurencin et Jean-Pierre Bertin-Maghit - qui reçut le Prix de la Chancellerie 2013Cela n’étonne guère, Sébastien Roffat est un historien, spécialiste français du cinéma d’animation. Citons Animation et propagande : les dessins animés pendant la Seconde Guerre mondiale (L’Harmattan, 2005), Disney et la France : les vingt ans d’Euro Disneyland (L’Harmattan, 2007), Propagandes animées : le dessin animé politique entre 1933 et 1943 (Bazaar & Co, 2010). Il est aussi directeur de la Collection Cinémas d’animations chez L’Harmattan. Le cinéma d’animation est le parent pauvre du 7e Art : 7eArt bis ou 8e Art, Art mineur dans l’Art majeur, il est assimilé par le public à un produit pour enfants et est l’oublié et le mal-aimé des chercheurs

 Les ouvrages en langue française sur ce sujet sont rares : Lo Duca, Le dessin animé (Prisma, 1949), Raymond Maillet, Le cinéma animé français (1983, Institut Lumière), Pascal Vimenet et Michel Roudevitch (dir.), Le cinéma d’animation (CinémAction, 1989), Jacques Kermabon (dir.), Du praxinoscope au cellulo, Un demi-siècle de cinéma d'animation en France (1892-1948) (CNC, 2007), Sébastien Denis,Le cinéma d’animation (Armand Colin, 2007). Le tome 1 propose en introduction une historiographie du cinéma d’animation de 1922 à nos jours et un corpus filmique, riche de 60 films d’animation et 53 dessins animés. Il pose la problématique : « Comment, entre 1940 et 1944, en cherchant à adapter le modèle américain et à faire revivre un art né en France, l’Etat français crée-t-il une école française du dessin animé » ? Dans les Années 30, le cinéma animé français est en crises avec le marché américain qui représente 96 % des dessins animés en France et un désintérêt absolu de l’État français pour le genre animé. Walt Disney triomphe avec Mickey Mouse (1929) et Blanche Neige et les sept nains (1938), alors qu’Émile Cohl, le père du dessin animé français, meurt dans la misère. Les grandes maisons de distribution de dessins animés américains Paramount, MGM, Columbia, Warner Bross, Fox, RKO caracolent. Face à ce monopole écrasant, l’atelier Lortac se replie sur le dessin animé publicitaire avant de sombrer. Des tentatives isolées de résistance se multiplient avec René Bertrand et Jean Painlevé, Pierre Bourgeon, Léontina Indelli et Lo Duca. Des artistes étrangers installés à Paris innovent : Ladislas Starewitch, Berthold Bartosch, Alexandre Alexeïeff, Anthony Gross, Hector Hoppin. L’avant-garde française offre un petit souffle avec Fernand Léger, Léopold Survage, Henri Valensi, Man Ray, Jean Vigo, Jean Cocteau..., mais la rencontre entre André Sarrut et Paul Grimault est fondamentale avec la fondation en 1936 de la société Les Gémeaux qui, créant une logique industrielle et rationalisant les moyens de production, devient en 15 ans la plus grande d’Europe et enfante l’École française du dessin animé. Le tome 2 marque l’intérêt de l’État français pour le dessin animé et tente de répondre aux questions : Pourquoi faire des dessins animés sous l’Occupation ? Y a-t-il conflits d’intérêt entre l’Occupant allemand et les autorités de Vichy ? Sont étudiées l’organisation et les nouvelles institutions pour le dessin animé français (1940-1941) et la structuration industrielle du cinéma animé français (1942-1944) avec le rôle du Comité d’organisation de l’industrie cinématographique (COIC) puis de la Direction générale de la cinématographie nationale. L’organisation de la politique économique de Vichy est abordée par la production et le financement des dessins animés du ministère de l’Information (Service du cinéma) et du Crédit national. Elle s’achève par le processus de remboursement - parfois désagréable - des participations financières, avec le problème des assurances en temps de guerre. Pour conclure – provisoirement, dans l’attente des deux autres tomes - il est délicat de parler d’Âge d’or du dessin animé français. Si celui-ci se porte mieuxsous l’Occupation, c'est en raison de la non-concurrence du dessin animé américain et du sur-financement public du gouvernement de Vichy. Dès la fin de l’Occupation et le retour des dessins animés américains, bon nombre de studios français vont disparaître.

Albert Montagne

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vendredi 6 juin 2014

Disparition de Maurice Agulhon

Maurice Agulhon 
(1926-2014)Maurice Agulhon (1926-2014). (©ANDERSEN/SIPA)

Maurice Agulhon vient de mourir le 28 mai  à 87 ans. C’était un membre fidèle et éminent de l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie.  Nous lui rendrons hommage dans notre revue Historiens et Géographes.
Né à  Uzès dans le Gard le 20 décembre 1926 de parents instituteurs de confession protestante et de sensibilité de gauche, le jeune Maurice fit des études brillantes qui le conduisirent à l’ENS,  rue d’Ulm. Il consacra sa thèse sous la direction d’Ernest Labrousse à l’histoire de la République dans le Var. Sa thèse soutenue en 1969 porte sur  « Les origines de la traditionrépublicaine, un mouvement populaire au temps de 1848 ». Elle comporte trois volumes  Tome1 La République au village, tome2 La vie sociale en Provence intérieure, le tome3 Toulon, une ville ouvrière au temps du socialisme utopique.
Il fut professeur de lycée, puis détaché au CNRS, professeur des universités à Aix, puis à Paris 1, enfin professeur au Collège de France.
C’est l’historien de la sociabilité des symboles de la République, des Républiques,  en particulier de Marianne dont il suit l’évolution du buste jusqu’à nos jours (Marianne au combat, 1789-1880), Marianne au pouvoir(1880-1914), Les Métamorphoses de la Marianne, 2001). Homme de gauche, il s’intéresse au personnage du  général  Gaulle comme figure mythologique  et décrypte ses symboles, ses lieux, ses références historiques (De Gaulle, histoire et symbole, mythe, 2000). Ses synthèses sur 1848 ou l’apprentissage de la République (1848-1952), 1973 et La République de 1880 à nos jours, 1990  ont été et sont toujours  très utiles et très stimulantes.  
Président d’Honneur de La Société d’Histoire de 1848 et de la Société d’Etudes Jaurèsiennes, Maurice Agulhon s’était retiré dans son village natal dans la maison de sa mère, affaibli par la maladie. Il avait légué récemment à l’université d’Avignon sa bibliothèque.

A sa famille, ses proches amis, l’APHG  exprime sa vive sympathie.

vendredi 23 mai 2014

Joukov, l’homme qui a vaincu Hitler, une note de lecture de Jean-Philippe Coullomb

Jean LOPEZ et Lasha OTKHMEZURI, Joukov, l’homme qui a vaincu Hitler, Perrin, Paris 2013, 732 pages.

Ce livre vient occuper un vide historiographique. Les auteurs le soulignent dès l’introduction : autant les biographies des grands chefs anglais, américains ou allemands de la Deuxième Guerre Mondiale sont fréquentes, autant celles consacrées à leurs homologues soviétiques, et notamment au premier d’entre eux, Joukov, sont rares. Leur propos est d’autant plus intéressant qu’ils ont alors constamment le souci de placer leur personnage dans l’histoire plus générale de son armée et de son pays tout au long d’une succession de chapitres organisés chronologiquement. Il en ressort le portrait d’un homme rugueux, issu d’un milieu populaire sans être pauvre. Mobilisé en 1915, il est versé dans la cavalerie mais participe beaucoup plus aux combats mobiles et aux atrocités de la guerre civile qu’aux affrontements plus classiques contre les forces austro-allemandes. Mobilisé à nouveau, mais en effet dans la nouvelle Armée Rouge en octobre 1918, sous-officier puis officier rigoureux, il essaie constamment d’améliorer la discipline des troupes qui lui sont confiées, et il a fort à faire dans une armée pléthorique et sous-encadrée où la brutalité est un mode de fonctionnement et l’alcoolisme une tradition. Repéré par ses supérieurs, il suit des formations qui le mettent en contact avec les grands penseurs militaires soviétiques des années 1930, Triandafillov ou Toukhatchevski, les pères de l’art opératif. Ses lectures donnent alors à un homme dont le niveau d’études est celui d’un CE2 une réelle culture militaire. Bizarrement, la Grande Terreur est finalement pour lui l’occasion de monter dans la hiérarchie militaire par l’élimination de beaucoup de cadres de valeur. Il le doit à la chance et au fait de n’appartenir à aucune des catégories d’officiers précisément visées par les purges. Envoyé inspecter les troupes déployées face aux Japonais, il en prend vite le commandement et remporte la victoire de Khalkhin-Gol à la fin août 1939. Son séjour se prolonge en Mongolie et cela lui vaut de ne pas participer à la désastreuse guerre contre la Finlande. Placé par Staline à la tête de l’Etat-Major général en janvier 1941, à l’âge de 45 ans, il se retrouve aux premières loges pour affronter l’attaque allemande. En observant la concentration de la Wehrmacht, il propose à Staline une attaque préemptive que celui-ci refuse, comme il refuse tous les signes lui indiquant que l’Allemagne nazie s’apprête à l’attaquer. L’utilisation que Staline fait de lui à partir du 22 juin 1941 rend alors aux chapitres consacrés à ce que les Russes appellent la Grande Guerre patriotique un côté un peu décousu et parfois difficile à suivre. Il alterne en effet les phases de responsabilités supérieures, où Staline l’envoie sur tous les points chauds du conflit comme représentant de la Stavka, et les phases de disgrâce relative où il commande un Front précis. A ce titre, il est impliqué d’une façon ou d’une autre dans toutes les grandes batailles de la guerre. Indispensable à cause de son sang-froid et de son énergie, il est l’un des rares chefs militaires, peut-être le seul, capable de répondre à Staline tandis qu’il réorganise efficacement l’Armée rouge avec Vassilievski. Sobre, exigeant et dur, il est capable d’insulter ses subordonnés et lors de la seule action offensive de l’Armée rouge en septembre 1941, contre le saillant d’Elnia, il fait fusiller plus de cinq cent hommes, renvoyant les généraux français de 1914-1918 au rang d’humanistes mollassons. Son interventionnisme tatillon lui vaut aussi de nombreuses inimitiés avec ses collègues, surtout lorsqu’il s’agit de partager les lauriers des victoires, ce que sa vanité lui interdit. Il connaît des échecs parfois coûteux, notamment contre le saillant de Rjev. Son offensive finale sur Berlin, déclenchée alors que Staline organise la compétition entre les chefs militaires, est un ratage invraisemblable que seule la débauche de moyens disponibles transforme en victoire. Pourtant, son rôle dans la défense de Leningrad, puis de Moscou et de Stalingrad fait de lui LE grand chef soviétique de la guerre et son apothéose a lieu lors de la parade de la victoire. Dans le système stalinien, les apothéoses ne sont qu’éphémères, et la disgrâce arrive bientôt, Staline s’inquiétant de son aura. La déstalinisation marque l’heure de son retour aux affaires. Ministre de la Défense, il soutient Khrouchtchev contre Molotov. Préoccupé de la sécurité de l’URSS mais en bons termes avec Eisenhower, il n’a rien d’un va-t-en-guerre contre l’OTAN, même s’il suggère encore l’attaque préemptive en cas de menace. Toujours soucieux de la bonne discipline de l’armée, il finit par être renvoyé en octobre 1957 car sa puissance inquiète. La suite de sa vie devient dès lors une lutte devant l’Histoire pour la réhabilitation de son action au cours de la guerre. Il profite de la volonté de Brejnev d’utiliser le souvenir du conflit pour souder une société qui se délite et il peut finalement publier ses mémoires qui sont un immense succès de librairie. Critiqué par les intellectuels, il reste un symbole fort que les dirigeants russes mettent en avant dans un pays qui se cherche une boussole.
Au final une biographie intéressante et assortie d’un index fort utile, même si leur fascination pour leur sujet pousse parfois les auteurs à donner quitus à Joukov de certaines de ses erreurs.

Un activité de la régionale de Grenoble ouverte aux adhérents du Languedoc-Roussillon


Une activité de la Régionale de Grenoble

13-14 juin 2014 : Le programme (provisoire) des journées de juin en Drôme-Ardèche

Thèmes :
  1. Problématiques énergétiques en Rhône-Alpes : la « transition énergétique »
  2. Patrimoine et archéologie industrielle (Viviers, de la Renaissance au XXIe siècle)

Vendredi 13 juin 2014 (thème 1)
  • 9h00 -9h30 : accueil des participants (sur le site du C.N.P.E. du Tricastin - E.D.F.)
  • 9h30- 12 h : visite de la centrale nucléaire
  • Pique-nique tiré du sac.
  • Après-midi : visite de l’usine hydro-électrique André Blondel à Bollène-Ecluse (C.N.R.)
(et/ou) intervention d’un technicien de l’A.D.E.M.E. sur les énergies renouvelables.
  • Arrêt au parc éolien de Donzère.
  • 18 heures : installation à la Maison diocésaine Charles de Foucauld (grand séminaire) de Viviers.
  • 19 heures : dîner.
  • 20 heures – 22 heures : table-ronde en présence de Michèle Rivasi, députée européenne E.E.L.V., d’un(e) représentant(e) du collectif « Stop au gaz de schiste » Ardèche, d’un(e) représentant(e) de la C.R.I.I.R.A.D., d’un(e) universitaire (participants sous réserve).

Samedi 14 juin 2014 (thème 2)
  • 8 heures : petit-déjeuner.
  •  9 heures – 13 heures : visite du centre historique de Viviers et de la Cité Blanche par un guide-conférencier du Centre International Construction et Patrimoine (C.I.C.P.).
  • Pique-nique au Val-des-Nymphes (La Garde-Adhémar) ou à Viviers.
  • Après-midi : commentaire de paysage depuis la table d’orientation de La Garde-Adhémar.

La demi-pension (hébergement + repas du vendredi soir + petit déjeuner + salle de réunion) est prévue à la Maison diocésaine Charles de Foucauld à Viviers (Ardèche)

Une inscription "à la carte" (vendredi et/ou samedi) est prévue pour vous permettre de vous adapter selon vos disponibilités. Mais nous vous répétons notre exhortation de la Lettre précédente, autant que possible, à anticiper vos cours ou obligations du vendredi 13 juin afin de vous libérer.


Bulletin d’inscription ci-dessous.
Attention aux délais requis pour la visite de la centrale nucléaire de Tricastin : 23 mai
Si vous excédez cette date, vous ne pourrez prendre part à cette visite, mais la suite du programme vous demeurera accessible, en fonction des places disponibles.

Bulletin d’inscription aux « journées de juin » de la Régionale – 13/14 juin 2014
(bulletin individuel)
  • Régionale : ……………………………………………………………
  • Nom - prénom : ……………………………………………………………………………………………………………………………………………
  • Adresse : …………………………………………………………………………………………………………………………………………………..………
…………………………………………………………………………………………………………………………………….…………………………
Tél :………………………………………………………
Mél :
Etablissement : ………………………………………………………………………………………………………………………………………
  • Au choix (cocher les cases correspondantes) :
1-  je m’inscris pour les deux journées
 avec la visite de la centrale nucléaire du Tricastin (soumis à autorisation : nous adresser une copie scannée de la carte d’identité avant le 23-05)
 sans la visite de la centrale nucléaire du Tricastin
 avec la demi-pension => 50 €
 sans la demi-pension => 15 €

2-  je m’inscris seulement pour la journée du vendredi 13 juin
 avec la visite de la centrale nucléaire du Tricastin (soumis à autorisation : nous adresser une copie scannée de la carte d’identité avant le 23-05)
 sans la visite de la centrale nucléaire du Tricastin
 avec le repas du soir => 20 €
 sans le repas du soir => 5 €

3-  je m’inscris seulement pour la journée du samedi 14 juin (visites de Viviers) => 10 €

4-  je désire une chambre simple (avec supplément => + 15 €)

N.B. : - les repas de midi, vendredi et samedi, ne sont pas inclus (pique-niques conseillés).
- les draps sont fournis
- pas de linge de toilette fourni, sauf supplément (à régler sur place).

Je règle la somme de ………………… €, par chèque, à l’ordre de APHG-Grenoble.

  • Proposition de covoiturage : (le déplacement est à la charge des participants)
 Je propose ………… places de covoiturage au départ de ……………………………………
le vendredi le samedi 
 Je souhaite recevoir des propositions de covoiturage (selon possibilités)
le vendredi le samedi 


 Bulletin et chèque à renvoyer à
Chantal Maziou - 151 avenue Jean Perrot - 38100 Grenoble
tél. 04.76.62.92.59 
cmaziou@gmail.com
 Copie scannée de votre pièce d’identité à communiquer avant le 23 mai à

mardi 29 avril 2014

Une note de lecture d'Albert Montagne: Cinéma et guerre froide. L'imaginaire au pouvoir.


Cinéma et guerre froide. L’imaginaire au pouvoir. Lori Maguire et Cyril Buffet (s/d), Christian Delage (préface)






Pour son 150 éme numéro, CinémAction - « qui brave les vents froids qui balaient l’édition papier » selon l’expression de Monique Martineau, directrice de publication - frappe fort avec un titre passionnant. La Guerre froide au cinéma est un sujet d’histoire mondiale qui intéresse tant les cinéphiles que les historiens. L’ouvrage constitue en grande partie les actes du Colloque La Guerre froide et le cinéma tenu à l’Université Paris 8 les 27 et 28 janvier 2012. Comme le soulignent Cyril Buffet (Défunte DEFA, Histoire de l’autre cinéma allemand, 7° Art, Cerf, 2008) et Lori Maguire (Anglo-American Policy towards the Free French, Macmillan, 1996), la Guerre froide, période de tensions entre les E.-U. et l'URSS se provoquant mais évitant tout affrontement direct qui provoquerait une guerre nucléaire apocalyptique  - qui n’a pas vu l'emblématique Docteur Folamour ou comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe de Stanley Kubrick de 1964 ? - ne se fait pas qu’avec les armes. Elle se fait aussi avec les mots et les images et ses films sont les miroirs réalistes, métaphoriques, tragiques, drolatiques, des pays où ils sont produits et touchent tous les genres cinématographiques : film d’espionnage, film de guerre, film noir, comédie musicale, dessin animé, documentaire, science-fiction, western..., et tous les publics. La présente Guerre froide, qui débute au cinéma avec La question russe de Mikhaïl Romm (1947) Vs Le rideau de fer de William Wellman (1948), est divisée en 6 parties. Dans Regards croisés, l’idéologisation et la censure communistes dominent les cinémas polonais et tchécoslovaque de 1945 à 1968 avec Florent de Prévaux ; Clémence Schmitt rappelle que, malgré le Rideau de fer, l’Union Internationale des Associations Techniques Cinématographiques (Uniatec) a permis des échanges techniques, mais aussi de savoirs, de procédés et de matériels, entre l’Est et l’Ouest ; Jean-Jacques Kourliandsky dévoile la soumission des cinémas d’Amérique latine à Hollywood ; Sébastien Roffat étudie le dessin animé comme instrument de propagande des cinémas tchèques, soviétiques et chinois ; Stève Bessac-Vaure montre comment la revue Les Temps modernes, dirigée par Jean-Paul Sartre, participe de 1952 à 1956 au débat idéologique avec ses critiques cinématographiques des films des deux blocs. Dans Visions des crises, Jun Hui-Jin révèle comment la Guerre froide, période douloureuse et meurtrière en Corée, engendre un cinéma de résistance anti-communiste en Corée du Sud ; André Kaenel met en lumière Berlin, symbole de la Guerre froide en Europe, vu par l’imaginaire hollywoodien à travers le réalisme et le film noir ; Cyril Buffet se penche sur le mur de Berlin vu par les cinémas de deux Etats allemands, mais aussi par ceux des E.-U. et de la G.-B.. Dans Folie atomique, Sophie Dannenmüller étudie les explosions atomiques dans les films de l’artiste Bruce Corner, Clara Darmon les cinéastes soviétiques qui, luttant contre la censure comme Andreï Tarkovski avec le fantastique scientifique, dénoncent la course aux armes nucléaires ; David Tuaillon présente la guerre nucléaire dans le cinéma anglo-américain des années 80 avec Le jour d’après (Meyer), Threads (Jackson) et When The Wind Blows (Murakami). Complémentaire et temporellement antérieur, je me permets d'ajouter De l’ennemi qui venait du froid à celui qui venait d’ailleurs. Les films de science-fiction hollywoodiens, reflets de la Guerre froide, un texte de Yohann Chanoir paru in Historiens et Géographes (n° 402, mai 2008, pp. 65-69). Lori Maguire élève et réactualise le sujet avec Stars Wars, la saga de George Lucas avec l’omnipotente Etoile noire, ayant hautement inspiré la politique de défense spatiale américaine : l'initiative de défense stratégique (IDS) ou de bouclier nucléaire est aussi surnommée Guerre des étoiles (au grand dam du cinéaste). Dans Au miroir de l’autre, Béatrice Heuser s’intéresse aux films britanniques et américains qui critiquent leur propre propagande étatique, Cécile Vaissié au paradigme de l’infiltration dans les films soviétiques, Massimo Olivero à la vision critique de Billy Wilder sur la Guerre froide. Nadège Ragaru surprend avec Stars Wars à la conquête des écrans bulgares et Pauline Gallinari avec Les Américains en Amérique (1950), un film français communiste de la Guerre froide. Dans Secrets d’agents, Venise est la ville de la Guerre froide avec Julien Lingelser et James Bond l’éternel agent secret avec Pierre-François Peirano et Ludovic Trautmann. Une filmographie et une bibliographie ferment classiquement le tout. Il faut souligner la qualité remarquable des photos. En conclusion, la Guerre froide au cinéma fait le tour du monde cinématographique, avec l’URSS, les E.-U., la RFA, la RDA, le R.-U., l’Italie, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la France, la Bulgarie, la Chine, mais aussi avec la Corée du Sud, le Chili, la Bolivie, le Mexique, Cuba... Instructive et pédagogique, elle devrait intéresser étudiants et professeurs d’histoire et de cinéma et s'avérer indispensable une fois lue.
Albert Montagne


Avis de parution: Des Etats dans l'Etat.


Stéphane DURAND, Arlette JOUANNA, Elie PÉLAQUIER
Des Etats dans l'Etat.
Les Etats de Languedoc, de la Fronde à la Révolution
Avec Jean-Pierre DONNADIEU, Henri MICHEL

Genève, Droz, 2014, 984 p. 
ISSN 1420-7699 
49.80€ TTC 




Présentation de l’éditeur : Les États de Languedoc, assemblée délibérative composée des représentants
du clergé, de la noblesse et du tiers état, ont géré la province de Languedoc depuis le XVe siècle jusqu’à la
fin de l’Ancien Régime. Leurs séances étaient annuelles ; le vote était organisé par tête et non par ordre,
originalité d’autant plus grande que le tiers disposait à lui seul du même nombre de voix que les deux
premiers ordres réunis. À partir du milieu du XVIIe siècle s’est affirmé leur rôle politique et économique.
Outre la prérogative du consentement de l’impôt, pas toujours fictive, ils ont assumé des responsabilités
croissantes dans le développement des voies de communication et la mise en valeur du territoire provincial.
Leurs relations avec le pouvoir royal reposaient sur la négociation, le plus souvent déférente mais parfois
traversée de tensions. Loin d’être des survivances archaïques d’un passé révolu, ils révèlent, par leur
activité, un aspect méconnu de la monarchie, beaucoup moins centralisatrice et absolutiste qu’on ne le croit.



mercredi 23 avril 2014

139e congrès national des sociétés historiques et scientifiques


L'APHG Languedoc-Roussillon sera présente au 139e congrès national des sociétés historiques et scientifiques

Notre secrétaire Franck Dory se fera un plaisir de représenter notre association sur son stand les 7 et 8 mai. 

Le congrès des sociétés historiques et scientifiques se réunit chaque année dans une ville universitaire francophone. Interdisciplinaire, il a pour mission de favoriser les échanges entre la recherche associative, les études doctorales et la recherche universitaire.
Il rassemble plus de 700 participants et entend chaque année plus de 400 communications.
Les actes sont publiés par les éditions du Cths.

Lien pour plus d'information dont le programme
http://cths.fr/co/

Quelques informations pratiques.
Collège La Révolution - 40, rue Clérisseau - 30000 Nîmes
Bus ligne K, arrêt Antonin
du lundi 5 au samedi 10 mai 2014